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Interview des directrices du festival du Parc Floral

Interview des directrices du festival du Parc Floral

27 juillet 2022 | PAR Cloe Bouquet

Après le fabuleux concert de Rhoda Scott et ses All Stars, dans un bureau à côté d’envolées de trompette et de violoncelle du Sélène Saint-Aimé septet qui s’entraînait pour la suite de la soirée, nous avons pu nous entretenir avec Émilie Houdebine, la directrice du festival du Parc Floral, et avec Danièle Gambino, la directrice artistique, qui s’occupe principalement de la programmation de Paris jazz.

Quelle est la genèse de ce festival ?

E.H.: En fait, il y a plusieurs festivals. Il y a un nom-chapo qui s’appelle le festival du Parc Floral que nous avons créé il y a quatre ans lorsque nous sommes arrivés à la tête de l’organisation de tous ces festivals, mais auparavant, cela fait déjà plus de 20 ans, il y avait des équipes dédiées pour chaque festival : une pour Paris jazz, une pour classique au vert, une pour pestacles. En arrivant en 2019, nous avons créé un nouveau format, sans enlever les concerts gratuits – les nocturnes – qui existaient sur ces trois festivals.

Sur la partie gratuite, auparavant il y avait classique au vert au mois d’août, Paris jazz au mois de juillet et pestacles sur la durée de tout l’été, pour les enfants le mercredi après-midi ; tous ces festivals-là sont des concerts ; ils ont lieu en journée et sont gratuits. En 2020, quand est arrivé le Covid, nous avons inventé un nouveau format. Nous nous sommes dits que c’était plutôt intéressant de faire des ponts entre les publics, d’imaginer un format où, au lieu de faire tel festival à telle période et tel autre à telle autre, on aurait sur les mêmes week-ends du classique et du jazz. On se disait, comme ce sont des concerts gratuits, que les gens qui étaient là à une autre période pouvaient aussi plus facilement venir un week-end. Nous avions donc envie de créer ce pont entre ces publics-là, de musique classique ou jazz, les inviter à découvrir des esthétiques auxquelles ils sont moins habitués. Et on se rend compte que c’est plutôt positif : il y a effectivement un mix des publics qui se crée.

Les concerts gratuits permettent au public qui n’aurait pas les moyens en temps normal de venir écouter ces musiques, mais il n’y a pas que des gens qui n’ont pas les moyens qui viennent. Nous faisons des études de public tous les ans depuis 2019, et l’on se rend compte, d’une part, qu’un peu toutes les classes sociales sont représentées, et, d’autre part, que ce ne sont pas que des Parisiens non plus ! Pendant les années Covid, il y a eu aussi beaucoup de gens issus des départements limitrophes comme le 94 et le 93. En 2019 il y avait aussi beaucoup de touristes. Ils reviennent un peu, mais c’est encore frais.

Depuis quatre ans, nous n’avons pas trop de repères : la première année fut un peu précipitée car on nous a donné le feu vert pour reprendre le festival un peu tardivement, puis nous nous sommes retrouvés en 2020 et 2021 sur des années Covid. Désormais, nous sortons du Covid, c’est encore fragile à pleins d’endroits, mais il s’agit de difficultés différentes des années précédentes. En tous les cas, pour le secteur, tout n’est pas encore bien stabilisé.

Vous parliez du fait que, maintenant, tous les festivals coexistent en même temps. Il y a même dans la programmation des artistes qui mixent eux-mêmes jazz et classique dans un seul spectacle ! Est-ce vous qui vous occupez de la programmation ?

Pas du tout, c’est Danièle Gambino, mais d’ailleurs elle pourra vous en parler. Moi, j’ai une autre activité qui est beaucoup plus liée au spectacle musical jeune public. Mais la directrice artistique des festivals est Danièle Gambino qui fait toute la programmation jazz, et sur la musique classique c’est Julien Kieffer qui travaille sur plusieurs autres festivals (dans le bassin d’Arcachon par exemple…).

Comment cela se passe-t-il pour les enfants, donc ? Y a-t-il des ateliers ?

Pour le jeune public, il y a un concert le mercredi après-midi, à 14h ou 14h30, selon que c’est une période de vacances ou pas. Ensuite, nous organisons une rencontre entre les artistes et les enfants. C’est un public assez mixte puisqu’il y a beaucoup de centres de loisir ; beaucoup sont issus de zones prioritaires, mais pas que, il y a aussi beaucoup de familles. Nous avons vu un public se développer de manière assez claire. Les enfants posent des questions, etc… C’est ce que nous appelons un bord de scène, et un des artistes programmés organise de « l’action culturelle », des ateliers avec une classe parisienne. Ils créent souvent une chanson, il y a une restitution avec l’artiste sur la scène avec les enfants, les parents, les écoles…

C’est génial ! Avez-vous d’autres choses à ajouter ?

Oui. Depuis cette année, nous avons aussi essayé de communiquer davantage sur les valeurs portées dans ce festival : l’égalité homme-femme, la visibilité des femmes au sein des programmations. Pour nous, c’est quelque chose de très important. Nous sommes vigilants, nous restons engagés sur le fait que les femmes soient représentées dans la programmation de manière égale avec les hommes, et nous avons organisé cette année pour la première fois des rencontres professionnelles sur le sujet. On voit que, parfois, entre les musiques « jeune public » et les musiques plutôt « adulte », il y a des disparités. Nous avons aussi travaillé sur l’insertion, avec des associations, notamment sur les équipes d’accueil, sur les personnes en difficulté ; nous essayons de les intégrer dans les équipes et de recréer du lien social, de les remettre en situation d’activité. On a également travaillé avec le Parc sur la question de l’accueil des personnes à mobilité réduite. Nous avons créé des places nouvelles, formé des équipes d’accueil là-dessus et je pense que l’on évoluera encore durant les prochaines années. Enfin, nous pensons aussi à la transition écologique : le tri, les gourdes, placer de nouvelles fontaines… ce genre de choses.

Je vous engage à parler à Danièle pour la partie artistique !

C’est donc ce que nous avons fait…

Comment avez-vous choisi la programmation du festival ?

D.G. : Je vois beaucoup de concerts, je choisis ce qui me semble intéressant : la ligne artistique, c’est un peu d’associer des valeurs sûres très reconnues et des artistes plus « découvertes », avec des artistes émergents et d’autres qui sont encore méconnus. Il s’agit de proposer aussi une variété d’esthétiques au sein du jazz : différents courants assez larges, avec des choses qui sont parfois très pointues, plus difficiles d’accès, et d’autres choses plus populaires, faciles. Nous programmons à la fois des diurnes et des nocturnes ; l’idée c’est que le public ait l’opportunité de voir des gens qu’il n’irait peut-être pas voir en salle, qu’il ne connait pas.

J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de saxophones : est-ce un hasard ?

C’est vrai qu’il y a eu ce soir pas mal de saxophonistes avec Rhoda, et il se trouve qu’il y en a pas mal de programmés effectivement : Chelsea Carmichael, et Seed. avec Cassie Kinoshi au mois d’août… sur les hommes, on a eu aussi Shabaka qui a joué avec Sons of Kemet… donc c’est vrai qu’il y a pas mal de saxophonistes !

C’est juste un hasard, ou un goût personnel ?

C’est un hasard ! Ce sont des groupes que je trouve intéressants. J’avais vraiment envie de travailler avec cette scène jazz anglaise très dynamique, vivante, et qui amène aussi un nouveau public, plus jeune. C’est vrai qu’on a aussi dans nos objectifs de conquérir de nouveaux publics, parce que le public du jazz est tout de même un public assez âgé, et on sait que cette scène-là parle plus aux jeunes : c’est une approche du jazz beaucoup plus dynamique, métissée, avec plus de fusion. Il se trouve donc que cette année, j’ai eu plusieurs artistes de cette scène représentés, avec Neue grafik ensemble qui va jouer en août aussi… la nouvelle scène française également, comme Sélène Saint-Aimé. Moi, je fais une programmation paritaire aussi, j’essaie de programmer autant de femmes que d’hommes, en tout cas sur les leads, c’est important.

Visuel : Affiche du festival

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Image Sonore à la belle étoile de Bourgogne
Cloe Bouquet

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