Fictions
‘Idiopathie’, Premier roman d’amour et de vaches défraichies, bijou d’humour anglais

‘Idiopathie’, Premier roman d’amour et de vaches défraichies, bijou d’humour anglais

14 août 2013 | PAR Melissa Chemam

Norfolk, Angleterre, quelques trentenaires liés par des souvenirs pas si bons et englués dans une époque moribonde, où la maladie inexpliquée qui s’abat sur les bovins locaux rend l’absurdité du quotidien pathétique mais aussi drolatique – le tout vu par un trentenaire anglais dont c’est le premier roman : Britishly delicious !

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L’ouverture est grandiosement drôle. Autour de la table, chez sa mère à Norwich, dans le Nord de l’Angleterre, Katherine et quelques membres de la famille proche sont réunis pour un déjeuner dominical rituel, un de ceux tant honnis par Katherine. A une trentaine d’années, fraîchement redevenue célibataire après sa rupture avec Daniel qui l’avait fait quitter Londres pour Norwich, Katherine se laisse plus que jamais aller à sa vraie nature : un profond cynisme. Alors que sa mère fait tourner les photos de famille rangées dans son précieux portefeuille acquis à Londres, chez Liberty, autant pour frimer que pour ramener la discussion sur son ex-mari, le père de Katherine et de sa sœur Hazel, Katherine, qui réalise qu’elle n’y figure pas, se promet pourtant de ne jamais finir comme sa mère.

Mais une fois revenue à son boulot qui l’ennuie et ses derniers amants attrapés au bureau puis presque tous rejetés, Katherine doit bien s’avouer que c’est mal parti. Peut-être en rejetant toute forme d’amour ou de douceur ? C’est ce qu’elle s’applique à faire en poursuivant une pauvre liaison avec Keith, le quadragénaire nymphomane du bureau, pendant qu’elle se demande si son ex, Daniel, l’a totalement oubliée… Une attitude qui ne la mène qu’à la déprime et à se figer devant son téléviseur, empli par la dernière catastrophe de ce 21ème siècle cynique et pré-apocalyptique, ‘la transe idiopathique bovine’ qui s’abat sur le bétail et menace de se transmettre à d’autres espèces…

Pendant ce temps-là avec son travail confortable, et sa nouvelle copine, la hippie et optimiste Angelica, Daniel semble s’en sortir mieux, enfin, il semble. Tout cela va pouvoir se confirmer ou pas lorsque réapparaît dans leur vie Nathan, leur seul ami commun, ancien dealer de drogue et organisateur de rave party autodestructeur, qui sort d’un séjour en hôpital psychiatrique… Nathan va réunir Katherine et Daniel autour de lui, pour le meilleur et pour le pire.

Bijou de style et arsenal d’humour, ‘Idiopathie’ est à la fois ultra-cynique et attendrit sur ces personnages, une prouesse. Alors qu’on doute de tout et surtout de la possibilité du bonheur de ces trentenaires, de tout trentenaire de notre génération de fait, et que l’on se moque de leur tentative pour tout de même essayer d’y parvenir, on ne parle au fond que d’amour et de solitude. Comme Daniel qui constate qu’il aime sa nouvelle copine par ‘c’était atroce’ car ‘l’amour avec son cortège de rembourrage informe et de protection moelleuse, avait enflé entre eux comme un airbag dans un accident de voiture’, mais déjà mieux que ‘l’anti-idéologie version terre brûlée caractérisant la vision du monde de Katherine’.

Dans ce bout de monde oublié, ce village que méprise Katherine, cette ville de province ultra-occidentale, avec ses supermarchés remplis d’aliments douteux et ses multi-nationales aux larges parkings squattés par des altermondialistes aux discours creux, se joue un petit drame local mais universel, où ceux qui croyaient aimer mieux dévoilent leurs petites lâchetés, et où les cœurs les plus durs prennent le rôle d’âmes pures et probes, dans un monde où l’honnêteté n’a plus de valeur, le nôtre…

La définition d’Idiopathie par Byers est une ‘maladie qui apparaît spontanément ou dont les causes restent non identifiées’, un peu comme le vague à l’âme de ces jeunes qui ont tout mais ne veulent rien, ou la dureté de leurs parents qui refusent de se voir voler la vedette du bonheur et de l’amour par leur progéniture. Un monde plein d’idiots et de vaches en souffrance, tellement cynique qu’il en devient hilarant sous la plume du jeune romancier qui raille à merveille les défauts de ses compatriotes et surtout de sa génération, une forme d’humour bien plus britannique que continentale dans nos rentrées littéraires. Sam Byers est la nouvelle plume dont tout le monde parle outre-Manche !

Sam Byers, « Idiopathie », Traduit de l’anglais (GB) par Nicolas Richard, Seuil, 352 pages, 21.5€. Sortie le 22 août 2013.

Lire nos critiques des livres de la rentrée dans le dossier rentrée littéraire 2013.

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