Fictions

« D’après une histoire vraie » : Delphine de Vigan autobiographe d’une prise de possession

« D’après une histoire vraie » : Delphine de Vigan autobiographe d’une prise de possession

24 juillet 2015 | PAR Yaël Hirsch

Quatre ans après le douloureux et magnifique Rien ne s’oppose à la Nuit (JC Lattès, 2011), Delphine de Vigan poursuit, au présent, son travail autobiographie en racontant les affres de l' »après » publication d’un grand livre viscéral. Aussi malin et puissant soit-il D’après une histoire vraie ne peut pas provoquer autant d’émotion que le précédent opus. Il n’en reste pas moins un texte profond, malin et qu’on lit de part en part sans s’interrompre. 

[rating=4]

Compagne d’un fameux critique et journaliste en tournage à l’autre bout du monde, mère de deux beaux et grands enfants qui quittent le nid et surtout auteure de plusieurs romans à succès dont le dernier était cru, nu et autobiographique, Delphine se noue d’amitié avec une femme féminine, prévenante et intelligente, L..

Alors même qu’elle peine à reprendre la plume, très secouée par des lettres de menaces anonymes qui viendraient d’un membre de sa famille heurté par son dernier roman, Delphine se laisse vite séduire par L., qui a fait hypokhâgne au même moment, a les mêmes références sur l’art d’écrire et croit que Delphine a un grand texte à livrer. Mais au fur et à mesure que L. prend plus de place dans sa vie et que Delphine ne voit personne d’autre, leur compagnonnage chaleureux se transforme en thriller des années 1990 oscillant entre Jeune-fille partagerait appartement et Misery…

Nouveau « page-turner » de Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie parle de l’angoisse de la page blanche à travers la mise en scène très cinématographique d’une relation malsaine. Usurpation d’identité, double moite, et ambiguïté émotionnelle sont décrits avec une justesse et une franchise déroutantes. Si bien qu’on se laisse parfaitement prendre au jeu de l’autobiographie que Delphine de Vigan renouvelle, l’air de rien, après avoir cité studieusement ses critiques littéraires. D’après une histoire vraie est un livre brillant sur le vide, que les lecteurs apprécieront à sa juste valeur stylistique. Mais, de par son sujet même, le livre n’a pas la même urgence que les précédents, il y a quelque chose de froid, d’analytique et de posé, qui est certainement signe d’une maturité encore plus grande mais qui risque de décevoir les lecteurs s’attendant à retrouver chez l’auteur un sensibilité de chaque phrase. Un grand livre de transition.

Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie, JC Lattès, 484 p., 20 euros. Sortie le 26 août 2015.

Visuel : (c) couverture du livre et remise du prix fnac 2011

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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