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Rien de s’oppose à la nuit : Delphine de Vigan offre une chronique à la fois joyeuse et douloureuse de sa famille

17 juillet 2011 | PAR Yaël Hirsch

Dix ans après son premier roman d’inspiration autobiographique, « Jour sans faim » (2001, Grasset), l’auteure à succès de « No et moi » (Lattès, 2007, adapté à l’écran par Zabou Breitman) et des « Heures souterraines » (Lattès, 2009) plonge dans l’histoire de sa famille maternelle. Une quête riche de tendresse et de douleur. Sortie le 24 août 2011.

Un jour, l’auteure trouve sa mère morte, allongée dans son petit appartement du 19e arrondissement. Âgée d’à peine soixante ans et tout juste sortie de chimiothérapie, cette belle femme s’est donné la mort avant d’être vieille. Bouleversée, l’auteure se met à enquêter sur la famille de sa mère. Elle interroge les nombreuses sœurs de celle-ci. Et découvre une famille nombreuse dont la mère, Liane, était un pilier de joie de vivre et qui a été un giron bruissant de vie, mais rempli d’ombres : suicides et inceste. Fille puinée d’une ribambelle d’enfants, la mère de la narratrice, Lucile, a été belle au point d’être mannequin dès l’enfance. A la fois fragile et distante, elle s’est révélée bipolaire alors que ses deux filles, l’auteure et sa sœur Manon, étaient déjà de grandes enfants. La chronique d’une famille des années d’après-guerre saute alors une génération pour se transformer en témoignage d’amour et de méfiance vis-à-vis d’une mère courage -en dehors de ses crises de délire.

Consciente de s’être lancée dans une entreprise difficile et à double tranchant pour elle-même et pour tous ses proches, Delphine de Vigan met systématiquement sa narration en perspective en exprimant ses propres doutes, sentiments et aussi en rappelant parfois la chronologie de ses entretiens et de ses découvertes au fur et à mesure de l’avancée du livre. Le résultat est un ouvrage touffu, dont certains paragraphes coupent le souffle d’intensité quand d’autres parties sont volontairement plus maladroites, hésitantes, et parfois incomplètes. C’est avec raison que l’auteure se montre plus respectueuse du pacte autobiographique que de la chronologie des faits ou des effets de style : de cette manière elle accapare l’attention du lecteur. Mieux que tout panégyrique, son témoignage honnête et complexe est probablement le plus beau des hommages qu’on puisse faire à une mère. Derrière son titre bashungien, « Rien ne s’oppose à la nuit » est une somme de ressenti brut, qui ne peut qu’émouvoir son lecteur.

Delphine de Vigan, « Rien de s’oppose à la nuit », J.-C. Lattès, 400 p., 19 euros. Sortie le 24 août 2011.

« Un matin je me suis levée  et j’ai pensé qu’il fallait que j’écrive, dussé-je m’attacher à ma chaise, et que je continue de chercher, même dans la certitude de ne jamais trouver de réponse. Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » p. 48

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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