Fictions

[Critique] « La Mauvaise pente » de Chris Womersley, chez Albin Michel

[Critique] « La Mauvaise pente » de Chris Womersley, chez Albin Michel

23 juillet 2014 | PAR Audrey Chaix

Dans un motel miteux sur le bord d’une route australienne, deux destins maudits se croisent : celui de Lee, jeune voyou meurtri d’une balle dans le ventre et lesté d’une valise pleine de billets, et Wild, médecin morphinomane radié de sa profession. Bien malgré eux, ils entament une cavale sans fin alors qu’est lancé à leurs trousses un tueur à gages, Josef, chargé de récupérer l’argent et de faire sa peau à Lee. Un scénario simple et efficace, au service d’une prose dure et puissante.

[rating=5]

la-mauvaise-pente

C’est avec Les Affligés, sorti en mai 2012 chez Albin Michel, que les lecteurs français ont découvert Chris Womersley. L’éditeur leur permet ici de lire le premier roman de l’auteur, publié en Australie en 2007. Et grand bien lui en a pris, puisque La Mauvaise pente est un magnifique roman crépusculaire, extrêmement bien servi par l’excellente traduction de Valérie Malfoy.

Grâce à une écriture sèche et nerveuse, parsemée d’images profondément évocatrices, de métaphores nouvelles qui surprennent avant de paraître si évidentes, Womersley illumine d’une lumière blafarde et peu flatteuse les moindres recoins du monde intérieur perturbé de ses personnages. Leurs sensations physiques et la perception qu’ils ont du monde extérieur sont décrites avec minutie par Womersley, comme s’ils les disséquaient avec attention pour mieux révéler leurs contradictions. C’est ainsi qu’il donne chair aux trois hommes et les rend aussi humains que leurs faiblesses et leurs espoirs. Finalement, tout se passe un peu comme si Lee, le jeune voyou, Wild, le docteur entre deux âges, et Josef, le vieux tueur à gages désabusé, formaient différentes facettes d’un même personnage au destin tragique.

Car c’est bien de destin qu’il s’agit là, et toutes les tentatives des trois protagonistes pour s’extirper de la fange nauséabonde dans laquelle ils se débattent est chaque fois vouée à l’échec. Ce n’est pas par hasard que Womersley a choisi, en exergue de son roman, un fragment d’Héraclite : « Le caractère d’un homme est son destin. » Et du destin à la fatalité, il n’y a qu’un pas dans ce roman d’une grande noirceur, mais constamment illuminé par la justesse d’une écriture qui va toujours à l’essentiel, sans s’embarrasser de scories inutiles.

De la cavale initiale à l’huis clos final, La Mauvaise pente se déroule comme une spirale infernale qui entraîne avec force ses trois personnages, et, avec eux, le lecteur captivé par la beauté froide et cruelle de ce portrait d’une Australie marginale, bien loin des plages de sable fin, de surfeurs blonds et musclés et de l’abondance enviée par les Européens. Une mauvaise pente dont on ne revient pas tout à fait indemne.

La Mauvaise pente, de Chris Womersley. Éditions Albin Michel. Traduit de l’anglais (Australie) par Valérie Malfoy. Parution : mai 2014. 352 p. Prix : 20€.

[Avignon Off] Denis Lavant hurlant, éreintant et puissant
[Critique] « La Vie rêvée des gens heureux » de Katrina Onstad, aux Editions Belfond
Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *