Fictions
« Conversations d’un enfant du siècle » : Frédéric Beigbeder, le factotum des lettres françaises

« Conversations d’un enfant du siècle » : Frédéric Beigbeder, le factotum des lettres françaises

13 octobre 2015 | PAR La Rédaction

Factotum est le titre de l’un des romans de l’immense Charles Bukowski, mais également le terme qui qualifie le mieux Frédéric Beigbeder, tour à tour publicitaire, romancier, éditeur, critique, juré, réalisateur et animateur télé : on n’attend plus que son premier recueil de poèmes !

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Certains adorent Frédéric Beigbeder, son style pop, frais, snob, émouvant, son art acéré de l’aphorisme, son humour grinçant, mélancolique… alors que d’autres, qui n’ont souvent pas lu la moindre ligne de son œuvre, le détestent par principe, par cette sorte de forfanterie dont les incultes abusent souvent pour flatter leur image…
On peut évidemment préférer, comme nous, Oona et Salinger ou 99 francs à d’autres de ses livres comme l’Égoïste Romantique ou le pourtant renaudotisé Un Roman Français, on peut même regretter un polissage des textes pas toujours impeccable, mais s’il y a bien un domaine où Frédéric Beigbeder est absolument unique et indiscutable, c’est bien lorsqu’il parle de littérature.
Premier bilan après l’apocalypse, le classement de ses 100 romans préférés, était déjà un véritable bijou, un livre que la Ministre de l’Éducation Nationale, à la recherche désespérée de réformes pertinentes, serait bien inspirée d’intégrer au plus vite aux programmes scolaires : il redorerait l’image de la littérature auprès des jeunes, et leur inoculerait aussitôt le goût de la lecture.
Conversations d’un enfant du siècle est donc le nouveau venu dans la collection bleue de chez Grasset. Il s’agit cette fois d’un recueil d’entretiens entre l’auteur et plusieurs de ses confrères, réels ou fictifs, dont Philippe Sollers, Gabriel Matzneff, Jay McInerney, Michel Houllebecq, Umberto Eco, Brett Easton Ellis ou Paul Nizon : « Que du lourd ! » s’exclameraient les jeunes d’aujourd’hui qui, nous n’en doutons pas, se rueront à nouveau dans les librairies après avoir lu ce recueil, avant d’ajouter : « Il pèse trop dans le game ce Beigbeder ! »
Car malgré quelques longueurs, et des passages inévitablement moins captivants que d’autres (on ne peut pas tout maîtriser lorsqu’on s’entretient avec des individus !), ce livre recèle un nombre incalculable de pépites, de celles que l’on trouve rarement dans les interviews protocolaires des magazines pasteurisés.
Certains se délecteront des anecdotes inédites parfois drôles, souvent épicées, concernant des auteurs cultes, d’autres s’abreuveront avec joie des innombrables secrets de fabrication distillés tout au long de l’ouvrage, et d’autres noteront enfin avec voracité les nombreux conseils de lectures qui y sont prodigués.
Avec son style unique, savant et hédonique à la fois, Frédéric Beigbeder procure toujours une expérience sensorielle aussi instructive qu’agréable.

Frédéric Beigbeder, Conversation d’un enfant du siècle, Grasset, 368 p., sortie le 16/09/2015. 20 euros.
Notre best of :

Philippe Sollers : « Les bordels sont les universités de la République. »
Gabriel Matzneff : « Séduire les adolescentes est extrêmement difficile. Sinon, tous les messieurs seraient au bras de ravissantes créatures qu’ils iraient chercher à la sortie des lycées. »
Tom Wolfe : « Un romancier qui n’écrit pas des romans réalistes ne comprend rien aux enjeux de l’époque où nous vivons. »
Catherine Millet : « (Dans Marie Claire) il y avait une publicité montrant une fille à poil pour vendre des sacs à main. Ce n’est pas une « marchandisation du corps », peut-être ? La différence (avec la prostitution) est purement quantitative mais c’est la même chose. »
Jay McInerney : « Un mariage heureux, c’est bien dans la vraie vie, mais très ennuyeux en littérature.»
Michel Houellebecq : « C’est ça la base (…) tu te dis : ce que je veux faire ne ressemble à rien (d’autre) (…) Si j’ai écrit Extension du domaine de la lutte, c’est parce que j’étais sûr que personne (…) ne parlerait de cette espèce d’ambiance de collègues mâles, trentenaires, en déplacement en province, en entreprise… »
Jean d’Ormesson : « J’ai commencé (à écrire) parce que je voulais plaire à une fille. »
Brett Easton Ellis : « (…) ce sont des blessures intimes qui donnent naissance aux livres. Les livres sont douloureux. Leurs origines sont des sentiments de douleurs, des sentiments intenses. »
Frédéric Beigbeder : « J’aime les call-girls, mais je serais emmerdé si ma fille faisait ce métier. »

Bien sûr, les choses tournent mal par la compagnie Kubilai Khan Investigation: Aux grands maux, les poétiques remèdes
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La Rédaction

One thought on “« Conversations d’un enfant du siècle » : Frédéric Beigbeder, le factotum des lettres françaises”

Commentaire(s)

  • On lit dans Frédéric Beigbeder, Conversation d’un enfant du siècle, Grasset, p.118 : « Je ne pense pas comme Georges Orwell que l’art serve à changer le monde, mais seulement à le voir. »
    Cette phrase veut-elle dire
    a) Comme GO, je ne pense pas que l’art serve à changer le monde, mais seulement à le voir
    ou au contraire
    b) Je ne pense pas, comme GO, que l’art serve à changer le monde, je pense qu’il sert seulement à le voir ?
    J’ai lu, en leur temps, 99F et Windows on the World, je viens de dévorer Oona et Salinger. Conversations m’a fourni un exemple extrême des négligences fréquentes de ce jeune homme pressé qui me condamne si souvent à reprendre ma lecture à plusieurs fois…On peut en effet « regretter un polissage des textes pas toujours impeccable ». Je ne saurai jamais ce que pensait Orwell. La méthode Flaubert avait décidément du bon.

    octobre 15, 2015 at 18 h 18 min

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