Classique
Le Ravel démonique d’Hélène Tysman (11/10/2015)

Le Ravel démonique d’Hélène Tysman (11/10/2015)

13 octobre 2015 | PAR Laurent Deburge

La pianiste Hélène Tysman donnait dimanche 11 octobre 2015 un magnifique récital Maurice Ravel au Théâtre des Sablons de Neuilly, dans l’auditorium Sainte-Anne, ancienne chapelle transformée en salle d’excellente acoustique.

[rating=4]

Intitulé « Des Antiques aux démons », son programme présente l’évolution d’un compositeur en prise avec une inquiétude croissante, des Menuet antique (1895) et Menuet sur le nom de Haydn (1909), aux Valses nobles et sentimentales (1911) et à La Valse (1919), en passant, par la Pavane pour une infante défunte (1899) et Gaspard de la Nuit (1908), soit une heure de musique. « Rien que ça ! » pourrait-on dire, puisqu’il s’agit de sommets du répertoire pianistique qui sont, faut-il le préciser, autant de morceaux de bravoure.

Mais la virtuosité chez Hélène Tysman, lauréate des concours Chopin de Varsovie et de Darmstadt (1er Prix), semble aller de soi, et n’est qu’un moyen au service de l’expression. L’essentiel n’est pas là.

Ce qui impressionne chez Hélène Tysman, c’est plutôt le caractère, la franche détermination, l’« obstination lente », dirait Nerval, qui semble l’animer, et affleure sous l’élégance des dehors. Sa personnalité s’exprime plus que tout dans un phrasé, qui au-delà de l’articulation évoque la conduite d’un chef d’orchestre (il y a dans sa main droite une sûreté d’élocution, et ce qu’il faut de retenue qui sont la marque de l’assurance) ainsi que dans la pulsation presque animale de son jeu. Les Menuets sont exécutés avec délicatesse et clarté, mais non sans ampleur ni corps, et la polyphonie se manifeste par une belle spatialisation sonore, où se détachent différents plans, produisant un équivalent musical de la profondeur de champ en photographie. La Pavane est abordée avec le tempo qui sied à cette mélancolique majesté, plutôt lentement. C’est à partir de Gaspard de la Nuit, dont l’atmosphère fantastique est rendue de manière saisissante, le « Gibet » semblant se matérialiser, et « Scarbo » parfaitement saisissant, que se confirme la magie symphonique du Ravel d’Hélène Tysman. Il s’agit d’une musique qui manifeste à la fois une puissance océanique et une profonde architecture, des remous et des courants sous-jacents.

Percutant et diapré, le jeu d’Hélène Tysman émeut par la diversité des timbres et l’équilibre des pupitres. Inspirée, le regard puisant au ciel quelque énergie sacrée, le corps tendu, se mouvant avec la précision gracile d’une danseuse, la pianiste semble communiquer avec une dimension sacrée, qu’on pourrait dire « démonique », au sens originel d’une puissance spirituelle qui habite et pousse à agir.

La pianiste qui aime à se produire avec des comédiens (son spectacle sur Poe et Debussy, « Ce qu’a vu le vent d’Ouest », avec le récitant Yanowski sera repris en suisse début janvier 2016), communique avec son public de manière simple et directe, elle présente les œuvres et leur contexte de manière succincte, ce qui humanise l’exercice barbare du récital, sans pour autant verser dans la conférence musicale.

Hélène Tysman redonnera par ailleurs un récital Ravel le 6 février prochain, au Reid Hall de Paris. D’ici là, le disque, déjà enregistré, est annoncé pour la fin de l’année. Nous l’attendons avec hâte.

visuel photo officielle (site de l’artiste)

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Laurent Deburge

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