Fictions

Andrei Kourkov : « Vilnius, Paris, Londres. Trois destins européens »

Andrei Kourkov : « Vilnius, Paris, Londres. Trois destins européens »

01 septembre 2018 | PAR Jean-Marie Chamouard

Le nouveau livre d’Andrei Kourkov décrit le destin de trois jeunes couples, respectivement en Lituanie,en France et en Angleterre et il aborde le problème de l’immigration en Europe.

[rating=4]

Anyksciai, le 21 Décembre 2007 : trois couples d’amis fêtent ensemble l’entrée de leur pays, la Lituanie, dans l’espace Schengen et décident de changer de vie . Klaudijius et Ingrida se rendent à Londres, Andrius et Barbora à Paris mais Vitas et Réneta restent en Lituanie car celle ci ne veut pas abandonner son grand père, Jonas, qui l’a élevée.

En Angleterre Ingrida et Klaudijuis deviennent gardiens d’un manoir dans le Surrey . A Paris Andrius est clown pour les enfants malades, Barbora est « nounou » et elle débute une grossesse . Si leur arrivée a été assez aisée, l’incertitude du lendemain et la nostalgie du pays ne sont pas absentes . Ils souffrent par moment du « syndrôme du travailleur immigré » et de la sensation d’une vie sur le fil du rasoir. Vitas, resté en Lituanie, vient vivre avec Renata dans la ferme de Jonas. Enfin Kukutis est un vieux sage errant qui parcourt l’Europe. Malgré sa légendaire jambe de bois il se rend de Vilnius à Paris à pied ou en stop. Il veut secourir les lituaniens qui souffrent où qu’ils se trouvent et communiquer avec les habitants des autres pays européens.

Les mois passant, les difficultés s’accumulent : le couple Klaudijuis Ingrita se délite peu à peu. Ils doivent quitter le manoir, accepter un travail sans intérêt et vivre en foyer. Barbora se trouve impliquée malgré elle dans un petit trafic et avec Andrius ils se retrouvent sans ressources et sans logement. Ils finissent par arriver dans un village du Pas de Calais et Barbora devient l’aide à domicile d’un monsieur Canadien âgé : Christopher. Après le départ d’Ingrida, « devenue une guerrière », Klaudijuis souffre de solitude et du mal du pays . Il s’aperçoit qu’il n’a jamais rencontré véritablement d’Anglais mais que des immigrés, comme s’il n’avait vécu qu’à la surface de ce pays. La solidarité individuelle et étatique est présente en France mais Andrius souffre d’être au chômage et d’être assisté . Il a l’impression d’avoir été attiré par la France puis rapidement rejeté par celle-ci. La fin du roman est dramatique pour les deux hommes dont le rêve de migrants s’est brisé au contact de la réalité .

La réussite sentimentale et aussi économique du couple Vitas et Renata resté en Lituanie est en apparence paradoxale. Vitas réussit à monter une petite entreprise de teinture pour animaux grâce à un plan de communication très astucieux. Le livre est divisé en courts chapitres, chacun portant le nom du lieu où se situe l’action, souvent une anecdote ou un fait de la vie quotidienne. Le lecteur s’attache très vite aux principaux personnages. Le caractère cosmopolite de Paris et de Londres est frappant pour les arrivants par rapport à la vie plus traditionnelle en Lituanie

Une sensibilité et une tendresse s’expriment entre les personnages, surtout entre Vitas, Rénata et son grand père Jonas. Malgré l’isolement, le chômage et les difficultés économiques, il existe en Lituanie une douceur de vivre et une harmonie avec la nature. La scène du cimetière est très belle : le jour de la fête des morts, le cimetière s’illumine de mille bougies avant la venue de la neige , linceuil qui recouvre et protège les tombes pendant l’hiver . Le livre est souvent drôle voire cocasse comme lors la description de la précieuse jambe de bois aux multiples tiroir de Kukutis ou lors du démarrage de l’entreprise de teinture pour animaux de Vitas.

Andrei Kourkov écrit un livre en faveur de l’Europe qui peut être accueillante et solidaire et qui permet des rapports humains moins brutaux que ceux présents dans le célèbre roman de l’auteur , « le Pingouin » qui se situait en Ukraine. Ces propos optimistes sont nettement nuancés dans la deuxième partie du livre : l’accueil est en trompe l’œil et les difficultés d’intégration peuvent être destructrices. Ce livre est celui de l’immigration et de son rêve condamné à se briser sur les réalités . La Lituanie a été confrontée à une émigration massive et ce livre est surtout un plaidoyer en faveur d’un renouveau et d’un avenir prometteur dans ce pays .

Andrei Kourkov, Vilnius, Paris, Londres, Liana Levi, 637 pages, 24 euros, sortie le 20 septembre 2018.

visuel : couverture du livre

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Jean-Marie Chamouard

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