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Faisons comme Sedaris : N’exagérons rien

08 juillet 2010 | PAR Tristan Karache-Prudent

Que l’on soit posé sur un transat sous le soleil, les pieds dans l’eau ou debout dans la chaleur torride du métro, »N’exagérons rien » saura certainement dérider les plus récalcitrants lecteurs que la terre puisse porter. Le quinquagénaire a regroupé dans ce recueil quelques nouvelles parues dans les années 90 axées comme toujours sur les déboires de quelques personnages. Lire cet auteur, c’est un peu comme regarder « vidéo gag » à travers un livre.

Après avoir conquis un public européen peu habitué à ce style d’écriture avec son best-seller Je suis très à cheval sur les principes, l’écrivain humoriste David Sedaris nous offre un nouvel ouvrage bourré d’humour noir. En effet, ce recueil de « bonne humeur » est composé de 15 nouvelles plus apparentées au sketch qu’à la performance littéraire. Bien que la traduction présente quelques vices, on apprécie toujours autant cet humour digne du grand Woody Allen.

On y retrouve des histoires hilarantes emplies de mensonges, de tics, de dingueries et caetera. Lorsque l’on s’attaque à la première nouvelle, on se retrouve totalement dans cet homme qui pour payer ses factures travaille chez Macy’s de Herald Square déguisé en Lutin durant les périodes de fête. Qui n’a jamais eu l’occasion d’effectuer une tâche ingrate comme endossé un costume des plus ridicules tout en étant soumis à des tonnes de règles plus stupides les unes que les autres ? Même si la chance de travailler ainsi ne vous a pas été donnée, lire les mésaventures sûrement autobiographiques de l’auteur nous permet de rire aux dépends des personnages. Avec la nouvelle intitulée « Sur la route », Sedaris nous raconte le passe-temps d’un jeune garçon qui pour s’occuper préfère monter dans la voiture d’inconnus en faisant du stop tout en racontant des mensonges de plus en plus énormes. Il se fait ainsi passer pour un comédien venu de Broadway ou alors un lycéen recherchant son père disparu. Le plus amusant étant lorsque celui ayant grandi et étant à la fac décide de réitérer l’expérience mais sur une échelle plus importante accompagné d’une amie, un genre de trip à la Into the Wild version Menteur-Menteur.

Dans cet assemblage de tranches de vie, c’est le côté humain de Sedaris qui attire toute personne qui aurait le bonheur de porter ses yeux sur ces lignes. Bien que le style soit inchangé, c’est-à-dire toujours aussi subtil et décalé tout au long de l’ouvrage, ce florilège d’humour reste axé sur le monde professionnel et l’enfance. Le roi de l’hyperbole rigole de tout, de l’enfant aux tics les plus renversants que l’on puisse inventer à l’homosexualité refoulé d’un adolescent en passant par le faux professeur d’université en littérature, tout est bon pour sourire. Allant du tragique au comique avec douceur et simplicité, on explore de nouveaux horizons comiques portés sur un humour à l’américaine peu usé dans nos contrés.

David Sédaris, « N’exagérons Rien ! », L’Olivier, 205 pages, 19,50 euros.

Extrait de la nouvelle Gros Malin p. 47

 » J’ai cru pouvoir guérir le diabète en étalant du lait solaire sur du chewing-gum. Lotion Mer et Ski sur une tablette de Juicy Fruit, crème bronzante Tous Cuivrés sur de la pâte à mâcher Big Red. J’avais à portée de main non seulement les ingrédients mais aussi un sujet pour tester ma trouvaille, le tout sous le même toit.

«Hé, gros malin, fit mon père, que je te reprenne encore une fois à offrir à ta grand-mère un chewing-gum comme ça, et c’est toi qui te récureras les dents dans lavabo de la salle de bains ».

Qu’est-ce qu’il en savait, lui ? « 

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Tristan Karache-Prudent

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