Livres

Poche : Etgar Keret, un homme sans tête ?

26 mai 2009 | PAR Jeremy

etgar-keret1Etgar Keret, érudit philosophe de l’absurde et nouvelliste lucide, a publié en 2005 un recueil de nouvelles sobrement intitulé « Un homme sans tête, et autres nouvelles ». L’ouvrage vient  de sortir en poche  (éditions Babel, 2009), qui plonge le lecteur dans les profondeurs abyssales de l’angoisse existentielle. Son œuvre, traduite de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech mêle humour, gravité et tendresse et confronte les individus à la recherche perpétuelle d’un sens de la vie.

L’auteur dépeint un monde où le langage échappe aux individus, qui découvrent derrière les mots vidés de leur sens, une réalité qui les effraie. Les sociologues expliquent que le passage de l’enfance à l’âge adulte passe par l’utilisation du « je » symbolique qui représente la conscience de soi et du monde. Chaque enfant est-il voué, dans cet ombilic des limbes, à ne devenir qu’un homme sans tête, incapable d’exprimer sa subjectivité, noyé par la difficulté d’être soi ? C’est du moins ce que décrit Etgar Keret, à travers les situations difficiles et parfois loufoques que ses personnages doivent subir. A l’instar de cet homme qui s’endort chaque soir avec un homme poilu et bedonnant; et se réveille heureux et amoureux aux côtés de sa femme. Ou encore ce malin Gilad, orgueilleux gamin qui cache à ses camarades qu’il a volé la tête d’un homme, dont le corps étendu derrière un buisson alimentait toutes les suspicions. Derrière cette sublime métaphore, l’auteur appelle ses lecteurs à s’interroger sur le sens de leur vie, effrayante absurdité, et à user de leur jugement sur la nature des hommes.

Les courtes nouvelles s’enchainent pour former un recueil vif, effrayant, à l’image du questionnement philosophique que soulève l’auteur. Elles sont comme la pierre de Sisyphe qui retombe après que ce dernier l’eut remonté, inlassablement. Son style percutant, minimaliste et précis donne un souffle haletant à ces histoires si absurdes qu’elles semblent coupées de toute réalité. Et pourtant. A la lecture d’« Un homme sans tête », les lecteurs de  » L’homme révolté «  de Camus se rappelleront :  » Ce qu’on appelle raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir. » Il n’y a que l’humour de Keret pour s’en défendre.

Jérémy Collado

Né à Tel-Aviv en 1967 il est, en Israël, l’un des auteurs les plus populaires de sa génération. Il a publié chez Actes Sud « Pipelines» ou encore « La Colo de Kneller. » Son film, co-réalisé avec Shira Geffen, « Les Méduses » a reçu la caméra d’or à Cannes, en 2007.

« C’est l’histoire d’une petite fille qui aimait les choses qui brillent plus que tout au monde. Elle avait une robe avec du brillant, des chaussettes avec du brillant, des chaussons de ballet avec du brillant. Et une poupée noire prénommée Christie comme leur bonne, avec du brillant. Même ses dents brillaient, mais son père insistait sur le fait qu’elles étaient « éclatantes » et que ce n’était pas la même chose. Quand vint la fête de Pourim, elle se déguisa en petite fée. Au jardin d’enfants, elle répandit du brillant sur chaque enfant qui passait prs d’elle et leur dit que c’était une poudre spéciale, une poudre à souhaits, et que, si on la diluait avec de l’eau, les souhaits s’accomplissaient, et si l’enfant se diluait dans l’eau une fois rentré à la maison, son souhait se réaliserait lui aussi. » (Des yeux brillants)

Mysticisme au rendez-vous avec White Hole de Mariko Mori
Prison break : The final break – L’épilogue
Jeremy

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *