Essais

« Une vie de cinéma » de Michel Ciment : Une belle déclaration d’amour

« Une vie de cinéma » de Michel Ciment : Une belle déclaration d’amour

05 juillet 2019 | PAR Julien Coquet

Directeur de la revue de cinéma Positif, Michel Ciment est une figure incontournable du paysage de la critique cinématographique. Une vie de cinéma se présente comme un recueil joussid de textes admiratifs.

En littérature, il y a de grands livres d’amour : Belle du seigneur, L’Amant, Le Rouge et le Noir… Mais la description de l’être aimé est unique et parfois difficilement partageable. C’est pourquoi Une vie de cinéma de Michel Ciment, cette déclaration d’amour au cinéma, art qui se partage et qui se discute, est une des plus intéressantes. Pourtant, le critique de cinéma, avant d’être un amoureux, est perçu, dans l’imaginaire collectif, comme un vieil aigri. Un réalisateur raté, un acteur avorté, un chef-opérateur médiocre… Le critique est celui qui sait faire mais ne fait pas. Il reste alors à partager sa passion car, comme l’écrit Edouard Baer en préface : « C’est quand même une jolie vie, non ? Faire partager ses goûts, rencontrer les gens qu’on aime. »

Toute la qualité de ce recueil réside dans la plume de Michel Ciment. Limpidité, précision et explications sans verbiage rendent toutes ces critiques parfaitement lisibles, loin de certains textes obscurs qui penchent vers la métaphysique et l’Art avec un A majuscule. Organisé en cinq parties, Une vie de cinéma retrace une certaine idée de la critique et des convictions défendues par Positif depuis 1952, bien souvent en opposition aux idées des Cahiers du cinéma.

Dans « Voyages », le lecteur suit les pérégrinations de Michel Ciment en URSS, dans le paysage de la comédie italienne, dans les studios de montage de Marcel Ophuls et les lieux de tournage de John Boorman. Succèdent alors une partie d’entretiens fabuleuses où l’on croise Coppola pas peu fier d’avoir pris tout son temps pour filmer Apocalypse Now, trois Prix Nobel de littérature (Imre Kertésez, Mario Vargas Llosa et Harold Pinter) ainsi que Jeanne Moreau, Serge Gainsbourg (deux entretiens pour quelqu’un qu’on rattache beaucoup plus au paysage musical qu’au cinéma !). « Hommages », « Controverses » et « Essais » approchent Angelopoulos, Miller, Losey tout en proclamant l’admiration pour certains films comme Muriel ou le temps d’un retour d’Alain Resnais, Une vie de Stéphane Brizé, Persona de Bergman… Une vie de cinéma a un seul défaut : plus on le lit, plus on cherche à voir de films.

« Dans ce livre domine la critique des beautés même si dans sa dernière partie la polémique est présente. Il est à craindre que pour le public, le terme même de critique soit doté d’une charge négative, comme s’il faisait écho au mot de Iago dans Othello « I am nothing if not critical », traduit librement mais fidèle à l’esprit par Armand Robin « Je cesse d’être quand je cesse de détruire ». Ce serait se méprendre sur une activité sans laquelle le cinéma ne serait pas devenu ce qu’il est et dont il faut défendre à tout prix l’existence. Sans la critique, on assisterait au triomphe du marketing, de la publicité et de l’argent. Mon goût de la controverse est le fruit de ma passion ardente pour un septième art menacé sans cesse par la routine, le populisme et les conventions ou à l’autre bout du spectre par le narcissisme et l’élitisme autosatisfait. »

Une vie de cinéma, Michel Ciment, Gallimard, 514 pages, 22 euros

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Julien Coquet

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