Essais
« Une histoire du cinéma français. 1930 – 1939 » de Philippe Pallin et de Denis Zorgniotti : Prévert, Duvivier, Pagnol et les autres

« Une histoire du cinéma français. 1930 – 1939 » de Philippe Pallin et de Denis Zorgniotti : Prévert, Duvivier, Pagnol et les autres

20 octobre 2020 | PAR Julien Coquet

Fondamentalement pédagogique, cette petite encyclopédie retraçant l’histoire du cinéma français des années 1930 constitue une excellente porte d’entrée pour des films qui sont maintenant presque…centenaires !

A lire cette Histoire du cinéma français, on sent quel plaisir ont pris Philippe Pallin, inspecteur de l’Education Nationale, décédé avant la parution de l’ouvrage, et Denis Zorgniotti, producteur de radio et auteur pour la télévision. Leur démarche se révèle claire et méthodique (et c’est pour cela qu’elle porte ses fruits) : constituer un panorama chronologique du cinéma français des années 1930. Chaque année s’ouvre ainsi par une présentation des événements politiques et historiques de la période, les auteurs mettant l’accent à raison sur la crise économique qui fait des ravages et sur la Seconde Guerre mondiale qui se profile. Ensuite, avec une subjectivité assumée, les coups de projecteurs se portent sur le « film de l’année » (La Tête d’un homme de Duvivier, La Grande Illusion de Renoir…), un gros plan et/ou coup de cœur, un arrêt sur images (revues d’autres films, plutôt mineurs), un réalisateur (Jean Renoir, Julien Duvivier, Jean Vigo…), un acteur (Raimu, Arletty, Jules Berry…) et enfin un dossier (Simenon et le cinéma, Le réalisme poétique, etc.).

Après une préface de Jean-Pierre Jeunet, ce premier tome s’attarde sur une analyse des œuvres, mettant en perspective les films et les artistes dans un contexte historique, social, politique et même technique (une grande place est accordée aux scénaristes). Le début des années 1930 marque l’arrivée du parlant, qui vient de naître en 1927 aux Etats-Unis avec Le Chanteur de jazz. L’impréparation des équipes techniques françaises conduit à une première débâcle : entre franc rejet et méfiance, le parlant ne convainc guère. « C’est ce rejet immédiat et principiel qui permettra un traitement du son et du langage particulièrement original. » Ainsi, le public français passe les premières années de la décennie (1930 – 1934) devant des films faibles. Mais dès 1935 s’ouvre une nouvelle ère, les difficultés techniques liées au parlant sont surmontées. Les grands s’affirment (Jean Renoir, Julien Duvivier, Prévert…) tandis que la crise économique mondiale conduit à la production de films sombres (La Règle du jeu ou Le Quai des brumes pour n’en citer que deux).

Les années 1930 marquent aussi la naissance du réalisme poétique, dont les auteurs font de Pépé le Moko de Duvivier le premier film du courant. Imaginaire exotique, héros populaires, voyou romantique, grand amour sous le signe de la malédiction, etc., tout y est déjà, avant même Carné et Prévert. Les années 1930 constituent également un réservoir de chefs-d’œuvre encore mondialement reconnus : Hôtel du Nord, A nous la liberté !, La Kermesse héroïque… Pour autant, le cinéma politique est pratiquement inexistant : même si les films s’assombrissent avec la crise économique, la censure veille (Zéro de conduite de Jean Vigo, immédiatement censuré) et il faudra attendre l’arrivée du Front populaire en 1936 pour donner naissance à un réel cinéma politique (La Vie est à nous de Renoir). Même si on aurait aimé quelques critiques des films parues dans les journaux d’époque et une approche parfois plus technique (notamment les chefs opérateurs), Une histoire du cinéma français. 1930 – 1939 mélange pour notre plus grande joie citations, analyses de séquence, portraits de monstres sacrés. Philippe Pallin et Denis Zorgniotti ont décidément le chic pour transmettre tout leur amour de ce cinéma.

A propos d’Entrée des artistes (Marc Allégret, 1938) :
« La critique, à tort à mon sens, considère qu’Entrée des artistes offre deux films pour le prix d’un seul – un mélodrame policier et sentimental sans grand intérêt, et un quasi documentaire, excellent, sur l’art du théâtre, avec Louis Jouvet magistral (au premier sens du terme) dans son propre rôle ; ou encore une mise en scène de Marc Allégret, sans grand relief, et d’autre part une interprétation, Jouvet en tête, et des dialogues flamboyants signés Henri Jeanson.
En fait les « deux » films, tous deux avec scénario et dialogues, d’ailleurs conçus par le même Jeanson, sont très étroitement liés et proposent une mise en abyme fine et réussie du théâtre (et même du cinéma) : de (jeunes) comédiens jouent le rôle de comédiens débutants, qui eux-mêmes mêlent jusqu’à plus inextricable des confusions leur vie et leur vie de comédiens – du théâtre dans la vie, de la vie dans le théâtre, et au bout, inéluctablement, le mélodrame qui tourne au drame. »

Une histoire du cinéma français. 1930 – 1939, Philippe Pallin, Denis Zorgniotti, Editions LettMotif, 360 pages, 32 € (version brochée)

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Julien Coquet

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