Danse
Le programme Rudolf Noureev, enchantement à l’Opéra Garnier

Le programme Rudolf Noureev, enchantement à l’Opéra Garnier

20 octobre 2020 | PAR La Rédaction

Pour sa rentrée, l’Opéra de Paris propose de revenir aux grands classiques du « seigneur de la danse », Rudolf Noureev. Le Lac des Cygnes, Cendrillon, Manfred … un programme qui sonne comme une promesse de variations enchanteresses. Jusqu’au 30 octobre.

Par Jasmine Ferrand

Un chorégraphe de génie

« Soit vous serez un danseur extraordinaire, soit le modèle des ratés, et plus probablement le modèle des ratés ». Alors qu’il n’avait que 17 ans, Rudolf Noureev fut soumis à l’alternative cinglante d’un de ses professeurs de l’Académie Vaganova. Un raté ou un génie ? La postérité de celui qui fut surnommé le « seigneur de la danse » a tranché. Considéré comme l’un des meilleurs interprètes du répertoire classique, il s’illustra également dans les rôles de chorégraphe, de maître de ballet et de directeur de l’Opéra de Paris.
Superstar du ballet ? sans aucun doute ! Chorégraphe majeur ? évidemment ! Un chemin tout tracé ? la réponse est moins sûre. Né dans un wagon de troisième classe de la lointaine et énigmatique République Soviétique de Bachkirie, rien ne le prédestinait à un roman de vie aussi féérique. Après avoir découvert le ballet et la danse folklorique à Oufa dans sa petite enfance, c’est à l’âge canonique (pour un danseur) de 15 ans qu’il a entamé sa formation. Trois années ont suffi pour qu’il devienne membre du corps de ballet. Trois de plus et il devint soliste au ballet de Saint-Pétersbourg. Épris de liberté et animé d’une fougue incroyable, il continue sa carrière à l’étranger. Royal Ballet de Londres, Opéra de Vienne, Chicago Opéra Ballet, mais c’est l’Opéra de Paris qui devint son port d’attache. Il en fut le directeur de 1983 à 1989 et intégra au répertoire de la maison mère ses revisites des grands ballets de Marius Petipa, en se réappropriant les origines baroques du ballet à la française. Il fut emporté trop vite à 54 ans par le VIH en 1993, laissant derrière lui une œuvre inégalée.

Un spectacle comme un recueil de contes

Le spectacle commence. Il n’y a pas de rideau sur l’avant-seine de l’Opéra, seule l’extinction des lumières indique au spectateur que le temps du ravissement est venu. La pénombre se fait et nous voilà emportés dans un conte. C’est comme si chaque chorégraphie ouvrait une nouvelle page d’un immense grimoire. L’une après l’autre, les histoires s’enchaînent et nous font évoluer dans de multiples et merveilleux univers.

Tout commence par un pas-de-deux de Clara et le Prince, héros de Casse-Noisette. La sublime étoile, Dorothée Gilbert et son partenaire Paul Marque, proposent une interprétation tout en délicatesse ponctuée de portés qui emmènent Clara dans le songe de sa fabuleuse nuit de Noël. Ensuite, vient Cendrillon et son univers emprunté au cinéma Hollywoodien. Puis Roméo et Juliette, où Myriam Ould-Braham et Germain Louvet évoluent dans une chorégraphie à la fois rapide et sensuelle. Suivent Don Quichotte, Manfred, La Belle au Bois Dormant, Le lac des Cygnes, autant de pièces qui mettent en valeur tant la maestria des danseurs que leur interprétation impeccable.

Avec les dispositions particulières de la scène de l’Opéra et la neutralité des décors, le regard du spectateur est tout entier happé par la performance. Cette concentration rare et précieuse permet de capter toute la subtilité du travail du danseur. Le spectacle n’en est que plus touchant. C’est un émerveillement de tous les instants, où toute la maîtrise des gestes se révèle même dans l’exécution des mouvements les plus élémentaires : un pas de bourrée exhale un charme inespéré.

La lumière sur la danse masculine

L’une des grandes caractéristiques des livrets de Noureev est la place accordée au danseur masculin. Bien au-delà d’un soutien pour des ballerines voltigeuses, le danseur de Noureev est flamboyant. La posture et la technique tiennent en un équilibre précis entre robustesse et légèreté, qui permet à l’interprète d’incarner une infinité de personnages, qu’ils soient chevalier galant ou bien poète agonisant. Les pièces de Manfred, la Belle au bois dormant et Don Quichotte nous ravissent de manèges de sauts impressionnants. S’enchaînent entrelacés, grand jetés et coupés jetés comme une envolée lyrique en mouvement.
Dans un registre grave qui illustre presque une suffocation, Mathias Heymann propose La variation du poète extrait du quatrième tableau de Manfred. Sur une musique vrombissante de Tchaikovski, l’étoile danse le désespoir de Byron, auteur du poème dont est tiré le ballet. La chorégraphie aux accents presque néoclassiques et tout en rondeur souligne la culpabilité qui ronge le poète, lui qui semble prédestiné à détruire ceux qu’il aime.

Hommage sublime à l’œuvre d’un génie, le programme de l’Opéra Garnier met la lumière sur un métier de passion qui ne saurait être éteinte par les couvre-feux.

Il reste 5 dates (21, 22, 26, 28 et 30 octobre) et les horaires ont été aménagés : la représentation commence à 18h30 au lieu de 19h30.

Visuel : ©Opéra National de Paris

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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