Arts
Le 24Beaubourg ouvre ses portes à la Résidence Saint-Ange

Le 24Beaubourg ouvre ses portes à la Résidence Saint-Ange

20 octobre 2020 | PAR Maëlle Polsinelli

A l’occasion du cinquième anniversaire de la Résidence Saint-Ange, le 24Beaubourg accueille cinq œuvres de chacun des neufs artistes qui y ont séjourné. Une exposition sensible dans laquelle chaque style s’exprime pour jouer une partition harmonieuse sous le regard bienveillant de Colette Tornier.

Imaginée par la collectionneuse Colette Tornier, la Résidence Saint-Ange est née il y a tout juste cinq ans des mains de l’architecte Odile Decq. Située à Seyssins près de Grenoble, celle-ci accueille chaque année deux artistes sélectionnés par un jury pendant trois à quatre mois, pour qu’ils puissent travailler et produire dans cet espace de tranquilité – bien loin de la paresse – surplombant la vallée du Vercors. Du 15 au 25 octobre, quelques unes des oeuvres accouchées sont exposées pour une rétrospective au 24Beaubourg. 

Dans ce lieu qui se présente à l’extérieur comme une boutique, rien n’a pourtant de prix mais bien plutôt une valeur. La valeur de l’effort, de la recherche, de l’émotion dont ces œuvres transpirent. Dès l’entrée, un grand tableau de Lionel Sabatté s’empare de notre regard. Nul ne peut y échapper, et nul ne voudrait y échapper. L’artiste peint ce qui ressemble à une planète aux multiples couleurs qui s’étirent sur toute la toile comme si elle fondait. Ce n’est pas un hasard, nous dit-on : l’artiste peint en utilisant des matériaux résiduels, habituellement considérés comme des déchets, et leur donne une seconde chance. Le parti-pris, s’il semble politique lorsque nous lisons le petit encart, n’a rien de tout cela. Il s’intéresse au laid, le rend beau. Une approche davantage poétique, donc, qui vise à réhabiliter le répulsif pour montrer que la beauté, comme la laideur, ne sont qu’un état de passage.

Le laid est beau, et le beau est laid 

Cette exposition a ceci de précieux qu’elle ne dit rien mais offre de la matière à penser. « Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit » comme le disait Bachelard. Ici, le spectateur se meut en bâtisseur parmi les bâtisseurs. Cette richesse a d’ailleurs quelques piliers que nous constatons au gré de notre déambulation : l’art est célébré pour ce qu’il est, de manière tautologique, dans chaque œuvre. La peinture de Maude Marris célèbre les formes, et nous chantons avec elle. Ailleurs, au sous-sol, les créations de Boris Chouvellon sortent des ruines, et interrogent à nouveau notre rapport au laid et au beau. Au mur, un cadre de deux plaques décorées ça et là de feuilles d’or : « ce sont des morceaux de ma voiture qui a été retrouvée brûlée et que j’ai retravaillés », nous dit-il. Saisissant son téléphone portable, il nous montre ladite voiture, calcinée « c’est beau ». Tout est dit, d’après nous. Le dégoût est dans l’œil de celui qui le regarde, nous apprennent ces œuvres, et non dans l’objet qui le suscite. Plus loin, Clément Bagot s’est emparé de l’espace, travaille l’infiniment petit – des traits par milliers sur une toile, dessinés à l’encre, et qui évoquent des cellules humaines – comme la grandeur : une architecture en bois d’environ un mètre de hauteur qui évoque le totem s’impose à notre regard et le décentre de notre moi organique.

Le 24Beaubourg nous offre une parenthèse enchantée, comme échantillon des miracles qui ont cours dans le secret de la Résidence Saint-Ange. Dans ce voyage sur les mers de l’art contemporain, nous repensons notre rapport à l’esthétique, au goût, à l’espace, et nous naviguons dans des eaux paisibles aux couleurs éclatantes.

Crédit Visuel : © L’art en plus 

Révélations Emerige 2020, entre force et fragilité
« Une histoire du cinéma français. 1930 – 1939 » de Philippe Pallin et de Denis Zorgniotti : Prévert, Duvivier, Pagnol et les autres
Maëlle Polsinelli

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *