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« Une histoire du cinéma français. 1940 – 1949 » de Philippe Pallin et Denis Zorgniotti : Deux périodes, deux ambiances

« Une histoire du cinéma français. 1940 – 1949 » de Philippe Pallin et Denis Zorgniotti : Deux périodes, deux ambiances

29 juillet 2021 | PAR Julien Coquet

Ce projet d’encyclopédie du 7ème art français se poursuit avec un focus sur les années 1940. De quoi réviser ses classiques et de mieux cerner deux périodes, la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre.

Après avoir loué le premier tome d’Une histoire du cinéma français consacré aux années 1930, nous ne pouvons que souligner une nouvelle fois la pertinence et la pédagogie utilisées par Philippe Pallin et Denis Zorgniotti. Comme l’indique Thierry Frémeaux dans sa préface, « ce livre est une invitation au voyage ». En deux pages, le Délégué général du festival de Cannes rend hommage aux passeurs que sont les critiques et les cinéastes (notamment Tavernier et son Voyage à travers le cinéma français), tout en soulignant que la période couverte par cet ouvrage change incroyablement. Avec pour preuve La Règle du jeu de Renoir, en 1939, « film du désenchantement et de l’attente de la fin du monde », à 1949 et un film respirant la joie et la volonté de vivre, Jour de fête de Jacques Tati.

Les deux auteurs vont distinguer deux périodes qui structurent ces années 1940 : la Seconde Guerre mondiale puis l’après-guerre. Les années 1940-1944, appelées « années paradoxales », sont caractérisées par un manque de moyens techniques (pellicule, décors, costumes…) et un manque… de cinéastes talentueux. Des personnalités importantes du 7ème art comme Duvivier, Gabin et Jean Renoir ne produiront pas pendant cette période, laissant ainsi la chance à une nouvelle génération d’acteur et de réalisateur (Clouzot, Becker..) d’éclore. A ces contraintes s’ajoutent des restrictions légales, l’Allemagne nazie imposant sa vision du cinéma (« J’ai donné des directives très claires pour que les Français ne produisent que des films légers, vides et si possibles stupides » déclare Goebbels).

Pour autant (et heureusement pourrait-on dire), les films profondément antisémites ou faisant l’apologie de l’Allemagne nazie sont rares. Comme le font remarquer les auteurs, si certains films paraissent datés et emprunts de valeurs pétainistes, c’est qu’ils sont le produit de leur époque, comme La Fille du puisatier de Pagnol ou Le Voile Bleu de Jean Stelli. La propagande est quasiment inexistante. De l’autre côté du spectre, peu de films font l’apologie de la Résistance (et les deux auteurs de mettre en garde contre une surinterprétation de Les Visiteurs du soir de Marcel Carné).

Ceux qui ont vu Le Dernier métro de Truffaut le savent : les Français ont besoin de se distraire, au sens pascalien du terme, et d’oublier le poids de la guerre sur leur vie quotidienne. Les salles ne désemplissent pas : les recettes enregistrées en 1943 sont deux fois supérieures à celles de 1938 !

Après 1945, une nouvelle période s’ouvre. Zorgniotti et Pallin s’accordent pour relativiser cette période de libéralisation dans le milieu du cinéma. La raison ? La signature des accords Blum-Byrnes en 1936 qui imposent un quota important de films américains. La part français dans les recettes chute.

Quelques films français reviennent sur la période sombre, surtout en montrant une France mythifiée résistance, avec La Bataille du rail (« Mais le général de Gaulle n’a-t-il pas dit que toute la France avait été résistante ? » demanderait OSS 117). Les films documentaires se développent réellement (« la caractéristique principale de ces films est qu’il s’agit bien de créations originales et fortes, et pas seulement de documents, de films d’information à la façon des actualités nationales »), le réalisme politique prend fin et le genre fantastique son envol.

Si l’histoire du cinéma français est parfaitement présentée, c’est parce que les deux compères procèdent par méthode, sans pour autant que le rigorisme de la tâche vienne émousser notre plaisir. Comme le tome précédent, chaque année est découpée en thèmes : la présentation historique de l’année, le film de l’année, le gros plan sur un film emblématique, des coups de cœur, une rapide revue de quelques autres films marquants, le focus sur un réalisateur, une actrice, un acteur et, enfin, un dossier (La Résistance, Le fantastique dans le cinéma français…). Zorgniotti et Pallin s’autorisent même à donner leur avis de cinéphile, en réhabilitant par exemple Christian-Jacque qui a souvent été considéré comme un bon faiseur. Sans verbiage et sans aucune analyse pompeuse, les films sont passés au crible pour nous faire comprendre en quoi ils sont les produits de leur époque. Un livre ambitieux et accessible, autrement dit, une très bonne porte d’entrée au cinéma des années 1940.

Une histoire du cinéma français. 1940 – 1949, Philippe Pallin et Denis Zorgniotti, LettMotif éditions, 400 pages, 36 euros

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