Essais

« Staline » d’Oleg Khlevniuk : Un petit père des peuples déboulonné

« Staline » d’Oleg Khlevniuk : Un petit père des peuples déboulonné

27 janvier 2019 | PAR Julien Coquet

La biographie de Staline par Oleg Khlevniuk mêle portrait d’un homme et histoire d’un pays s’enfonçant dans une des plus grandes tragédies du siècle dernier. Indispensable pour tous les passionnés d’histoire.

Le regard que porte Oleg Khlevniuk sur Staline est nécessaire et important puisqu’il met en relation, en introduction et en conclusion, le passé soviétique et la Russie contemporaine. Comment expliquer qu’un homme qui a conduit des millions de personnes à la mort puisse encore bénéficier de l’image d’un bon petit père des peuples ? « La chute de l’Union soviétique, les tensions de la période de transition qui a suivi, la corruption, la pauvreté et les inégalités sociales criantes dans la Russie d’aujourd’hui contribuent à alimenter la nostalgie de l’utopie sociale qu’a été le stalinisme ». Mais avant de parvenir à cette conclusion, Oleg Khlevniuk se penche sur la machine soviétique placée sous les ordres de Staline.

De sa naissance en 1878 à Gori à ses funérailles en grandes pompes à Moscou en 1953, Staline est présenté comme un homme tyrannique, paranoïaque et travailleur. Oleg Khlevniuk met en exergue les plus grands événements de la Russie de la première moitié du XXème siècle avec la vie de Staline. Révolution russe de 1917, succession de Lénine, Grande Terreur, Seconde Guerre mondiale, complot des blouses blanches… L’historien russe montre la part d’implication du dictateur dans chaque décision. Staline, qui abattait quotidiennement un travail titanesque, prenait part à toutes les décisions politiques de l’URSS. Comme on sait, beaucoup d’entre elles menèrent à des fins tragiques, notamment lors des grandes famines de 1931-1933 et de la Seconde Guerre mondiale.

A cette approche historique s’ajoute un portrait de l’homme : lectures, films, relations familiales, relations amoureuses, maladies… La description de la vie quotidienne de Staline permet de mieux connaître la personne derrière le dictateur, sans qu’il soit possible pour Oleg Khlevniuk de tirer des conclusions : l’enfance difficile marquée par l’absence de père peut-elle expliquer le comportement de Staline ? « Quels effets tous les maux de Staline eurent-ils sur ses prises de décision et ses actions ? » Unanimement saluée par la critique internationale et préfacée par Nicolas Werth, cette biographie explique brillamment les mécanismes politiques de l’ascension de Staline et les prises de décision d’un dictateur que tous ses collaborateurs craignaient.

« A la fin de sa vie, Staline concentrait entre ses mains, plus que jamais, tous les pouvoirs. Aucune menace d’aucune sorte ne planait sur son autorité inattaquable. Mais le dictateur ne voyait pas les choses ainsi. Comme dans toute dictature, la lutte pour le pouvoir n’avait pas de fin et personne n’était digne de confiance. Les méthodes utilisées étaient simples et universelles : élimination de toute menace potentielle venant des collaborateurs les plus proches, renforcement de la surveillance par la police secrète, stimulation d’un esprit de compétition entre les collaborateurs du dictateur, exercice d’un contrôle mutuel des institutions gouvernementales les unes sur les autres, maintien de la société dans un état de mobilisation permanente contre de prétendus ennemis à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. »

Staline, Oleg Khlevniuk, Folio Histoire, 720 pages, 12,10 euros

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