Essais

Pascale Tournier et Thierry Gadault : Henri Proglio, Une réussite française.

27 mai 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Pascale Tournier, qui est journaliste indépendante (L’Express et Le Parisien), a déjà publié Dans les cuisines de la République. Enquête sur les tables du pouvoir. Quant à lui, Thierry Gadault est journaliste économique indépendant (La Tribune). Il a notamment publié Areva mon amour. Enquête sur un pouvoir qui les rend fous. Les deux journalistes sortent, aux éditions du Moment, Henri Proglio. Une réussite bien française. Enquête sur le président d’EDF et ses réseaux, les plus puissants de la République.

Pascale Tournier et Thierry Gadault, Henri Proglio. Une réussite française.HENRI PROGLIO, LE SURVIVANT
Henri Proglio, qui a été un sarkozyste éminent, était l’un des hommes à abattre pour le pouvoir socialiste. Toutefois, il survécut à l’alternance. Pourtant, pendant la campagne électorale, il avait bruyamment soutenu le président sortant.

Mais c’était sans compter sur ses nombreux appuis à gauche, comme Jean-Marc Ayrault, Laurent Fabius ou Claude Bartolone. A noter aussi qu’il a embauché Antoine Cahuzac comme PDG d’Energies nouvelles. De plus, il bénéficie de l’appui d’un lobbyiste très puissant, Paul Boury, et il fait travailler l’avocat Jean-Pierre Mignard, parrain de l’un des fils du président de la République.

Ce n’est pas fini : le sénateur franc-maçon (GO) Jean-Vincent Placé le soutient ardemment. Autant dire que son maintien aux affaires, en dépit de la défaite de Nicolas Sarkozy, s’explique aisément. Guillaume Pepy, qui est le PDG de la SNCF, devait lui succéder, mais il refusa finalement le poste et Henri Proglio put s’en sortir.

De plus, dans la mesure où il siège au conseil d’administration du groupe Dassault, lequel peine à assurer sa succession, il est chargé de défendre les intérêts de l’Etat.

DES ORIGINES SOCIALES MODESTES
Henri Proglio est le fils de simples maraîchers d’Antibes. Avec son frère René, il parvint néanmoins à entreprendre des études à HEC. Pour tout dire, cela fut quelque peu le fruit du hasard : c’est en effet sur les conseils d’un voisin, qui avait indiqué à son père que c’était bien, qu’il tenta HEC.

Il y fit notamment la connaissance de DSK. Toutefois, Henri et René Proglio étaient des sympathisants du GRECE (organisation d’extrême droite).

LA GENERALE DES EAUX
Après avoir effectué son service militaire dans le deuxième bureau de la marine (espionnage), Henri Proglio réussit à rentrer à la Générale des eaux. Il occupait alors un poste à responsabilité, alors que ces places sont traditionnellement réservées aux anciens élèves des Mines ou des Ponts et Chaussées.

La Générale des eaux « travaillait » avec la gauche et la Lyonnaise des eaux avec la droite. M. Proglio est issu de « la vielle culture de la CGE (Compagnie générale des eaux), qui consiste à répondre aux souhaits des collectivités, tout en faisant payer le consommateur ». Selon Yann Doré, « la commission de la CGE s’élevait entre 2 ou 3 % du montant du contrat » (p. 49). Progressivement, il réussit à monter les échelons et à devenir dirigeant.

LES MANŒUVRES
Il favorisa la chute du PDG de la CGE, Guy Dejouany. Jean-Marie Messier le remplaça. La CGE devint Vivendi et s’engagea dans une montée en puissance grâce à la conquête des télécommunications et de l’audiovisuel.

Opportuniste, Henri Proglio réussit à devenir directeur général du groupe, puis à évincer Jean-Marie Messier grâce à l’appui de Jacques Chirac. Philippe Faure, ambassadeur et ami de Dominique de Villepin, présenta Alexandre Djourhri à Henri Proglio, ce qui lui permit d’avoir le soutien « financier » de Jacques Chirac et de ses réseaux pour financer ses petites affaires (p. 135).

HENRI PROGLIO ET LES CABINETS MINISTERIELS
Les membres des cabinets ministériels ne sont pas oubliés des services de ressources humaines de Vivendi. C’est par exemple le cas d’anciens juges (p. 103), comme Sylvie d’Arvisenet qui fut premier substitut à Paris et ex-tombeuse de Bernard Tapie dans l’affaire du Phocéa. Francis Casorla, ancien premier président de la Cour d’appel d’Orléans, devint quant à lui secrétaire général de la branche communication de Vivendi.

Cette enquête sur Henri Proglio est passionnante et très solide. Henri Proglio n’a pas réussi parce qu’il serait un visionnaire, un capitaine d’industrie ou un stratège. Tel est le premier enseignement de ce livre. Si Henri Proglio a triomphé, ce serait plutôt parce qu’il est un homme de réseaux. Malheureusement, c’est « une réussite à la française », i.e. une alliance malsaine du pouvoir, de la politique et de l’industrie. On retrouve tous les intervenants habituels de ce genre de pouvoir, de l’extrême droite à la franc-maçonnerie, en passant par les services secrets et les anciens ministres de gauche comme de droite.

L’ouvrage est bien documenté, sans haine et sans polémique stérile. A lire !

Pascale Tournier et Thierry Gadault, « Henri Proglio. Une réussite française. Enquête sur le président d’EDF et ses réseaux, les plus puissants de la république », éditions du Moment, avril 2013, 229 p., 18,50 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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