Essais

L’empire de la mort : Paul Koudounaris revient sur plus de 500 ans de monuments funéraires

23 septembre 2012 | PAR Franck Jacquet

L’empire de la mort propose une promenade peu commune entre ossuaires et charniers essentiellement européens construits et réaménagés au cours des siècles depuis les temps médiévaux. Paul Koudounaris, docteur en histoire de l’art, développe ici une histoire de ces édifices dont les ossements sont des écrins pour les mémoires, les croyances, mais aussi pour les fastes de la religion catholique ou encore pour des pratiques proches du paganisme et de fétichismes pouvant surprendre.

La construction de l’ouvrage est rigoureuse et ne se limite pas à celle d’un beau livre sur les édifices mortuaires et leurs particularités. Chaque partie est constituée d’un texte décrivant ces ossuaires et les croyances qui leur sont rattachées. La question des frontières entre la société des morts et celle des vivants revient elle aussi au rythme des lieux présentés. L’auteur insiste  également sur la perpétuation des usages de ces ossuaires jusqu’au XIXe siècle, témoignage d’une continuité dans les croyances des sociétés européennes malgré les césures révolutionnaires majeures se développant à partir du XVIIe siècle. Cet aspect n’est pas développé mais constitue un contexte incontournable. Car au fil du temps un même lieu peut devenir le réceptacle de sens multiples : rôle dans la reproduction d’une communauté locale traditionnelle, lieu de réaffirmation d’une foi à travers les restes momifiés de personnages exemplaires, espace d’affirmation d’un lien national dans le cas d’ossuaires de batailles… Les reliques décorées de Waldsassen au Nord de la Bavière sont un bon exemple de la mise en scène baroque de la foi à travers des squelettes recouverts de bijoux constituant une véritable armure pour le mort. Le regard anthropologique permet de dégager la richesse des significations attribuées au lieu et de ses usages par la communauté locale et celle des croyants plus largement.

L’ouvrage présente pour une grande part des sites baroques typiques des régions latines ou concernées par la Contre-Réforme. Quelques détours nous mènent au Cambodge où la mémoire de l’auto-génocide khmer est encore présente ou encore au Pérou. L’Amérique latine est d’ailleurs influencée par l’Espagne tridentine. Les autres continents restent largement oubliés par cette promenade, si bien qu’on a difficulté à comprendre les choix de l’auteur. La juxtaposition des lieux permet de concevoir chaque site dans son unité, mais l’auteur laisse aux lecteurs construire les comparaisons. De même, la traduction de cet ouvrage paru pour la première fois en anglais peut laisser sur sa fin…
Reste que L’empire de la mort est d’une très grande qualité esthétique et que les photographies donnent l’envie de se rendre sur des lieux impressionnants, parfois intimes, mais fascinants par leur mise en scène et leurs usages passés.

Paul Koudounaris, L’empire de la mort ; Histoire culturelle des ossuaires et des charniers. Editions du regard, décembre 2011. Relié sous jaquette, 30,5 x 22,5 cm, 300 pages, 224 illustrations, 49 euros.

Franck Jacquet.

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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