Essais
Ivan Jablonka : « Un garçon comme vous et moi »

Ivan Jablonka : « Un garçon comme vous et moi »

06 janvier 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

Ivan Jablonka se penche sur son enfance et son adolescence pour comprendre comment s’est construite sa propre identité de genre. Dans cette auto-biographie, l’auteur poursuit sa réflexion sur la masculinité.

Education au genre

« Je ne suis pas un mâle ». Cette phrase inaugure le livre. Prononcée par Ivan Jablonka alors qu’il était en terminale, elle n’a assurément pas été comprise par ses camarades. Elle témoignait déjà de son rejet d’une masculinité de domination. L’auteur n’a cessé depuis de s’interroger sur la masculinité et pour comprendre il se retourne vers son enfance, sa famille, son éducation. Il est né dans une famille de survivants de la Shoah. Ainé de deux garçons, il a grandi dans une famille bienveillante, protectrice mais exigeante en particulier en ce qui concerne les résultats scolaires. Seule l’excellence pourrait rembourser sa dette ! Le lecteur découvre le jeune Ivan dans une école alternative californienne puis à l’école primaire française à la pédagogie plus rude. Il y rencontrera à huit ans Cloé, son premier amour. Yvan est un enfant très sensible : grand amateur de dessins animés il préfère « Les mystérieuses cités d’or » à Goldorak. Puis viennent les années de collège et de lycée dans un établissement parisien prestigieux .Bon élève et bon camarade, il y est plutôt heureux malgré sa solitude amoureuse. Très tôt il se consacre à l’écriture « pratiquant les alexandrins comme d’autres font de la musculation ». Pour « abjurer les masculinités de domination » il pratique, au lycée, l’autodérision puis jeune adulte « la désobéissance de genre ». Afin d’être lui-même…

Un travail rétrospectif de fond

Yvan Jablonka est écrivain et historien. Après son essai Les Hommes Justes, il choisit, pour aborder le thème de la masculinité, l’autobiographie. Celle-ci s’est appuyée sur le carnet d’enfance, tenu régulièrement par sa mère depuis le jour de sa naissance. Il a aussi renoué avec Cloé, recontacté ses amis d’enfance et du lycée. Il tente une analyse sociologique à partir de son expérience vécue. Football, jeux-vidéos, compétition scolaire, les marqueurs de la masculinité sont bien là. Mais le lecteur perçoit dans son éducation un chemin pouvant conduire à des « hommes justes » : la bienveillance, le dialogue, le bonheur des enfants avant tout mais aussi le sens de l’effort inculqué par l’école et par ses parents. La figure paternelle incarnait une certaine vulnérabilité, renforcée par l’ombre de la Shoah sur la famille. L’amour de sa famille mais aussi son passé tragique l’ont protégé des addictions et des transgressions : les disparus avaient besoin d’être veillés et il devait se préserver. Ivan Jablonka porte un regard lucide, sincère sur lui-même. Il reconnait les failles de la masculinité de contrôle qui pourrait le définir et s’il avoue ses faiblesses : anxiété, dépendance au travail, manque de lâcher prise il revendique les qualités de modestie, de douceur, de gratitude, de sens de l’effort.
« Un garçon comme vous et moi » est une confession souvent touchante mais Ivan Jablonka dessine aussi, à l’époque de « Me Too » un chemin vers d’autres masculinités plus inclusives, plus justes, plus heureuses… peut être.

Ivan Jablonka, Un garçon comme vous et moi, Seuil, 297 pages, 20 euros, sortie le 07 01 2021
visuel : Seuil/ Couverture du livre

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Jean-Marie Chamouard

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