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« Le Jardin, Paris » la normalité de la différence

« Le Jardin, Paris » la normalité de la différence

09 mars 2021 | PAR Laetitia Larralde

Pour sa deuxième bande dessinée, Gaëlle Geniller revient sur le thème de la différence avec Le Jardin, Paris, un album tout en douceur et finesse.

A Paris, dans le années 1920, Rose s’apprête à danser pour la première fois sur la scène du Jardin, un cabaret burlesque. Rose est un tout jeune homme, élevé par sa mère, la gérante du Jardin, dans cet univers exclusivement féminin. Ici, toutes les femmes ont des noms de fleurs et vivent ensemble dans ce cocon doux et protecteur, en marge de la société. En dansant, Rose va s’exposer au monde, connaître le succès et s’épanouir.

Le thème central du Jardin est celui de l’acceptation de la différence. L’autrice le traite avec beaucoup de nuance et de légèreté en donnant à Rose une conception de son genre très fluide et décomplexée. Effectivement, Rose pense à lui comme à un homme qui aime à sublimer son corps comme le font les femmes. Il aime à s’habiller comme une femme, conscient que l’habit ne détermine pas le genre, car comme il le dit : « s’il suffisait de mettre un pantalon pour être correctement traité, vous pensez bien que toutes les femmes brûleraient leurs jupes ». La sexualité est mise de côté ici, évitant l’amalgame entre genre et orientation sexuelle.

Accepter sa différence se joue à plusieurs niveaux : à la fois intime et public. L’album souligne à quel point le regard des autres peut remettre facilement en question ce que l’on pensait solidement ancré en nous. Si l’entourage proche de Rose forme autour de lui une bulle chaleureuse et supportrice, s’exposer tel que l’on est à un public extérieur peut être effrayant. Comment passer outre la peur d’un jugement négatif qui peut détruire la confiance en soi ? Comment trouver une façon d’exister dans le regard des autres tel que l’on est, sans se conformer à ce qu’ils voudraient que l’on soit ? Pour Rose, sa plus grande souffrance vient de cette peur que les autres pourraient ne pas l’aimer. C’est pourtant l’inverse qui se produit, lui apportant la célébrité et son lot de questionnements, d’ajustements et de compromis.

Gaëlle Geniller nous offre avec Le Jardin, Paris, une histoire profondément bienveillante. Si la différence de Rose aurait pu susciter de nombreux problèmes, affrontements et déchirements, ce n’est pourtant pas le cas ici. Non pas que les problèmes soient niés, bien au contraire, ils sont présents, mais résolus sans drames, avec douceur. Et l’absence de drame dans ce type d’histoire est déstabilisante au premier abord, tellement nous sommes habitués à ce qu’il constitue le point pivot du récit qui va faire évoluer le personnage principal. Mais au final, l’album ne fait que refléter toutes ces fois où la différence de quelqu’un est acceptée et soutenue et qui représentent autant la réalité que la situation inverse. On se rend compte alors que ce genre de point de vue positif est nécessaire. Il fait exister une normalité où les choses se passent bien, tout en remettant en cause notre habitude du drame.

Le Jardin, Paris est un bel album au dessin délicat qui nous rappelle ce que devrait être la normalité : vivre tel que l’on est, sans jugement ni tragédie.

Le Jardin, Paris, de Gaëlle Geniller
224 pages, 25,50€ – Delcourt

Visuel : ©Delcourt

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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