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Il Varco : travailler l’archive pour en obtenir une fiction réflexive.

Il Varco : travailler l’archive pour en obtenir une fiction réflexive.

06 janvier 2021 | PAR quentin didier

Les réalisateurs italiens Frederico Ferrone et Michele Manzolini proposent à nouveau une fiction-documentaire. Ils travaillent de nombreuses archives tel une matière pour obtenir une œuvre originale, expressive et remarquable.

Il Varco nous plonge dans l’Italie fasciste des années 40 qui s’engage aux côtés de l’Allemagne nazie. Nous sommes en 1941 et les premières forces italiennes sont envoyées sur le front soviétique dans l’actuelle Ukraine. Le personnage principal narre cette épopée vers le combat en tant que soldat confirmé qui a déjà participé à la guerre italo-éthiopienne cinq années auparavant. Son parcours à travers l’Europe de l’Est lui fait découvrir un monde méconnu mais pour autant ancré dans un coin de son esprit. Le personnage principal est en effet d’origine russe, et le déploiement de l’armée italienne en URSS apparaît comme une tragique découverte de ses origines.

Rendre compte de la puissance de l’instant à l’aide de la fiction

L’histoire de ce soldat italien d’origine russe est en partie fictionnelle. Frederico Ferrone et Michele Manzolini ont conçu ce récit avec de nombreuses images d’archives. L’idée des cinéastes est de créer une fiction à partir de la réalité dévoilée par les archives. En cela ils rendent un superbe hommage à la caractéristique première du cinéma, être un miroir de la société. La grande majorité des images sont issues de fonds d’archives de deux officiers italiens. L’entrée en guerre du régime de Mussolini vers le front soviétique a été capturée par ces deux hommes. La narration fictionnelle et l’esthétique cinématographique proposées par Frederico Ferrone et Michele Manzolini rendent cet évènement saisissant. La puissance des images est décuplée par la réalisation des cinéastes, en résulte une expérience immersive dans la réalité passée.

Un point de vue interne et externe à la fois

Les deux réalisateurs déclarent vouloir « incarner le point de vue d’un homme italien en plein régime fasciste ». Le portrait qui est dressé est celui d’un soldat déjà marqué par la guerre, qui, au fil du voyage, questionne ce conflit et sa propre place. Nous assistons à une crise de conscience progressive où l’idée de désertion hante le personnage principal. Au final cet homme incarne le spectateur fasse à ces images d’archives. On comprend toute l’horreur que ces combats en URSS furent. On distingue à certains moments l’angoisse et le désespoir à travers le regard inquiet d’un civil. Les images réunies par les deux réalisateurs sont en cela sublimes. La dualité entre des images réelles et des éléments fictionnels, donne au film une dimension réflexive toute particulière et originale. On semble avoir accès à un point de vue externe sur le conflit, mais également interne. Le personnage principal et le spectateur se confondent, le passé et le présent s’entremêlent.

L’œuvre de Frederico Ferrone et Michele Manzolini réussit la prouesse de faire parler les images au passé et au présent en même temps. Les deux cinéastes s’accaparent l’archive comme une matière plastique et la travaillent pour offrir une vision nouvelle sur l’histoire. On ne peut que saluer ce travail plutôt original qui transcende des archives déjà sublimes. Il Varco est l’exemple d’une manière différente d’aborder l’histoire du fascisme et de la Seconde Guerre Mondiale. Et il faut l’avouer, cette manière est particulièrement réussie.

Il Varco de Frederico Ferrone et Michele Manzolini au cinéma le 20 janvier 

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quentin didier

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