Essais
Fabiola, reine blanche ou reine transparente ?

Fabiola, reine blanche ou reine transparente ?

14 juillet 2013 | PAR Franck Jacquet

Quelques jours avant l’annonce de l’abdication d’Albert II, roi des Belges, Philippe Séguy et Antoine Michelland publiaient chez Perrin une biographie de Fabiola, femme de Baudouin et à ce titre reine jusqu’en 1993. Journalistes chez Point de vue, les auteurs nous livrent une biographie d’été, sucrée à associer sur la plage avec un Closer ou un Voici. Ne pas fermer trop longtemps les yeux, ou on s’imaginera dans une biographie de Lady Diana, reine des cœurs. Les adeptes de la biographie royale édifiante apprécieront.

fabiola reine blanche perrinUne aristocrate espagnole reine des Belges
La famille Mora y Aragon est une grande famille aristocrate madrilène. Elle partage les lieux et les pratiques de sociabilité de la monarchie espagnole finissante alors que Primo de Rivera assure l’effectivité du pouvoir. Fabiola naît alors que débute la période troublée de la fin des années 1920 : chute du gouvernement phalangiste, république contestée et tensions séparatistes, guerre civile et arrivée de Franco. La jeune Fabiola connaît ainsi plusieurs périodes d’exil, en France (Biarritz, lieu de refuge des aristocrates au même titre que Nice) mais aussi en Italie et en Suisse où elle effectue une partie de sa formation dans des institutions religieuses. Les auteurs insistent : Fabiola est marquée par la piété toute tridentine et démonstrative de la péninsule espagnole. Elle est surtout le plus pur produit de cette éducation nobiliaire issue du XIXe siècle et maintenue par les parents de Fabiola pour elle et ses frères malgré les troubles et la modernisation européenne : institutions religieuses donc, observance très marquée des rites religieux mais aussi sports d’élite, multilinguisme, théâtre et opéra, œuvres de bienfaisance… Rien d’exceptionnel donc dans cette jeunesse. Fabiola rencontrera d’ailleurs son futur époux par l’intermédiaire de la famille royale espagnole en exil, alors que le roi des Belges est seul et assume une charge institutionnelle passablement déstabilisée à la suite de l’épisode de Léopold III. On avance dans la vie de Fabiola devenant reine des Belges, bien que le propos revienne parfois en arrière pour rappeler les évolutions touchant la famille Mora Y Aragon, divisée et recomposée au fil des exils : à la suite des événements espagnols une branche de la famille fait ainsi souche en Amérique… Une saga familiale que la vie de Fabiola ?

Un amour de Baudouin
Car Fabiola est une bonne fille croyante et respectueuse de ses parents. Pas d’idylle publique. Elle voit Baudouin à plusieurs reprises dans les lieux de villégiature à la mode des Trente Glorieuses, entre les vieilles stations aristocratiques à la mer et de montagne. Du récit de leur passion naissante, on n’apprend pas grand-chose. Quelques rencontres étalées durant plusieurs années donc. Quelques lettres. On voit les choses sous l’angle de Fabiola, sans source, ce que les auteurs remplacent par les sentiments qu’ils lui attribuent. L’ouvrage est un portrait intime, pas une recherche nourrie de documents pouvant permettre de reconstituer la correspondance. On suivra donc le récit en mode « conte de fée ». La bonne fée, les jésuites organisant l’intermédiaire entre les deux figures pieuses. Car Baudouin, toujours perçu de l’extérieur, par la réputation qu’il a, pieux, sérieux… fade. Il est pourtant décrit comme la grande passion de Paola. Celle-ci semble réciproque, ils se marient, et les deux pays accueillent très bien, Paola respectant à la lettre les protocoles. Amateurs de romans à l’eau de rose, savourez ! Les quelques éléments en référence au contexte politique, problématique en Belgique, ne sont que des points d’ancrages ne servant pas une analyse.

Un très sirupeux sirop
On suit alors l’itinéraire d’une reine d’un petit pays européen au second XXe siècle. La reine tient son rôle essentiellement dans le cercle privé familial où elle est évidemment une bonne mère très protectrice et très dédiée. Elle tente bien sûr de transmettre sa foi catholique, appuyée par Baudouin très souvent qualifié dans l’ouvrage de « très chrétien »… Elle tient selon le propos à merveille son rôle de représentation, n’allant jamais au-delà des protocoles, de ce qu’on attend d’elle, elle s’entend bien avec tous, ou presque. Si des erreurs sont commises, c’est le fruit d’une incompréhension du couple royal, jamais d’un mauvais calcul ou d’une mauvaise décision de leur part. On suit alors les déplacements et les engagements du couple royal pour aider les indigents, se rendre sur le lieu d’accidents et catastrophes. Un terril s’effondre, allo, Fabiola, j’écoute ? Je viens ! 36-15 compassion… Elle ne sort donc d’un comportement convenu qu’en de très rares occasions, notamment pour faire part de ses convictions religieuses dans le débat sur l’avortement. On voit aussi les tensions communautaires entre Wallons et Flamands s’accentuer. A aucun moment donné on ne voit le roi ou sa femme comprendre l’approfondissement de cette césure. Mais le propos n’est pas là. Fabiola veut la concorde, Fabiola dit donc à tout le monde ce qu’il veut entendre. Assez ternes, sans coups d’éclat, les décennies de son règne ne permettent pas, à travers le propos de l’ouvrage, de comprendre ce qu’a pu représenter Fabiola au-delà de son attachement religieux. Ou alors elle n’a été que cela, une apparence de pouvoir ennuyeuse et convenue. Les auteurs ne souhaitent pas aller plus loin. Lorsque l’ordre de succession est modifié dans les dernières années du règne de Baudouin, une fois de plus le rôle de Fabiola n’est que suggéré. Le roi a dû prendre conseil auprès de son épouse. On n’en saura pas plus. Evidemment, la fin de la vie de la reine est crépusculaire mais essentiellement baignée de quiétude…

L’ouvrage est un beau roman à l’eau de rose sur un destin convenu et une reine finalement aussi terne en sa jeunesse qu’en ses fonctions. En prenant du recul, on sait bien que les souverains sont devenus des pantins institutionnels dans les monarchies européennes à la fin du XXe siècle, des chefs sans pouvoir. Il reste les apparences et les symboles du passé, l’entretien d’un cercle familial et nobiliaire à l’état de survivance. Fabiola incarne parfaitement cela. L’ouvrage n’aborde jamais réellement les polémiques, notamment la proximité de la reine avec Franco. On prendra alors le livre pour ce qu’il est, un bon sirop, tel le mot en 1992 de Marie-Gabrielle de Savoie sur le roi des Belges sortant d’opération : « il n’est pas étonnant que le cœur de Baudouin soit fatigué ! Il a tant donné d’amour ! ».

Philippe Séguy, Antoine Michelland, « Fabiola, la reine blanche »,  Perrin – Collection : Biographies, 267 p., 21 euros. Date de parution : 07/05/2013.

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Franck Jacquet
Diplômé de Sciences Po et de l'ESCP - Enseigne en classes préparatoires publiques et privées et en école de commerce - Chercheur en théorie politique et en histoire, esthétique, notamment sur les nationalismes - Publie dans des revues scientifiques ou grand public (On the Field...), rédactions en ligne (Le nouveau cénacle...) - Se demande ce qu'il y après la Recherche (du temps perdu...)

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