Essais

« Dans la tête de Julian Assange » : portrait complet d’un hacktiviste par Olivier Tesquet et Guillaume Ledit

« Dans la tête de Julian Assange » : portrait complet d’un hacktiviste par Olivier Tesquet et Guillaume Ledit

04 février 2020 | PAR Yaël Hirsch

Relevant le pari de nous faire entrer Dans la tête de Julian Assange, deux anciens de owni.fr relèvent le défi d’analyser de l’intérieur la fascination suscitée par le fondateur de Wikileaks. Sans démesure, ni dans l’admiration du « maverick », ni dans l’opprobre au mégalomane, ils livrent avec lui le portrait d’une génération X dans sa découverte d’un nouveau continent : le web.

Fixant dès le début l’enjeu du livre « disséquer l’icône » (p. 15), Olivier Tesquet et Guillaume Ledit pointent dès l’introduction les zones d’ombre de ce brillant cerveau capable de tant d’incohérences : l’enjeu politique de Wikileaks, le code de conduite de rendre la vie des puissants plus transparente pour redonner leur vie privée aux citoyens, aussi bien que la mégalomanie qui le pousse jusqu’à l’abus, y compris sexuel, la possibilité de faire pencher une élection, les coups de sang, la paranoïa et l’impossibilité de fidéliser une garde rapprochée. Il y a aussi les moments où des news pas tout à fait vérifiés sont « fuitées » et aussi, ces six dernières années enfermé comme une bête dans l’ambassade d’Equateur de Londres …

Pour livrer leur enquête, ils remontent chronologiquement aux années de jeunesse en Australie, du génie, de la paranoïa dès la vingtaine dans les années 1990 autour de ses activités de hacker sous le nom de Mendax et de la reprise, après une grosse dépression, avec la fondation de Wikileaks. Ils racontent les débuts des fuites d’informations classées sur la politique du Kenya, puis de la guerre d’Irak, le globe-trotter charismatique à la tête d’une organisation au coût quasi-nul qui travaille avec les meilleurs journalistes de la planète pour diffuser une information classée secrète par les banques et les états, avec toujours un souci de « la libre » et d’un certain ordre du monde… Ce qui n’empêche pas l’appât du gain (pour Wikileaks, jamais pour lui, déontologie et survie de hacker oblige), la toute-puissance mal menée, un rapport très ambivalents aux médias… Et le dérapage suédois (qui avait l’air d’être son mode de vie, complémentaire du « coachsurfing ») en 2010 qui mène aux poursuites pour viol de Anna Ardin et Sofia Wilen…

En nous faisant entrer Dans la tête de Julian Assange, les auteurs nous font partager ses préoccupations et ses angoisses, pour mieux suivre sa trajectoire, mais jamais ils ne n’adulent l’idole et jamais ils n’oublient de revenir hors de cette tête pour faire un point critique sur ses actions et sur le contexte. L’essai est diablement bien écrit, les auteurs s’y présentent de face, avec leurs passions et leurs illusions perdues sur le web, mais ils savent toujours s’effacer pour mettre en avant l’objet de leur étude. Remarquablement documenté, bien mené, facile d’accès et suscitant des réflexions indispensables, ce livre de toute grande qualité est un modèle d’enquête journalistique. 

Olivier Tesquet et Guillaume Ledit, Dans la tête de Julian Assange, Actes Sud, 272 p., Février 2020, 19,50 euros. 

visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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