Essais

« Confessions d’un masque » de Mishima : Naissance d’un désir refoulé

« Confessions d’un masque » de Mishima : Naissance d’un désir refoulé

24 mars 2019 | PAR Julien Coquet

Premier roman autobiographique du célèbre écrivain japonais, Confessions d’un masque, publié chez Gallimard dans une nouvelle traduction, évoque les questionnements de l’auteur sur la « normalité » de son homosexualité.

Les autobiographies évoquent souvent la naissance du désir et le développement de la sexualité. C’est déjà le cas dans les Confessions de Rousseau avec le passage sur la fessée de Mademoiselle Lambercier. Ou encore, plus récemment les sulfureux Journaux d’Anaïs Nin ou La Vie sexuelle de Catherine M. de Catherine Millet. Mais comment évoquer sans honte, en se livrant totalement, les premiers émois et les premières attirances à un lecteur ? Comment reconstituer le parcours du désir sans forcément adopter le point de vue rétrospectif où chaque épisode permettrait de mettre en relief et d’expliquer la vie de l’auteur ?

Yukio Mishima, dans son premier roman autobiographique, fait le pari de ne rien cacher de son désir. Aucune honte, aucun tabou mais beaucoup de questionnement. Dans sa chambre, Mishima fantasme sur les tableaux représentants le corps de saint Sébastien, musclé mais transpercé de flèches. Cette attirance pour les corps masculins et pour le sang ne quittera pas Mishima. Durant toute l’adolescence, chaque rencontre masculine pose question : l’ami tant admiré suscite-t-il la jalousie, le désir ou les deux ? Dans ce Japon des années 1930, aimer les hommes est très mal vu et Mishima déploie des masques pour réprimer cette attirance pour les hommes. La norme du désir doit être une attirance hétérosexuelle. L’auteur s’empresse de multiplier les rencontres féminines, mais ce n’est que de l’amour platonique qui germe. Face à ses doutes et ses questionnements, l’idée de suicide se développe rapidement mais Mishima préfère attendre la mort dans un pays en guerre, « mort dans un bombardement, mort en service commandé, mort de maladie »… Confessions d’un masque est une œuvre dérangeante et profondément introspective, questionnant les notions de normalité et de désir.

« La guerre nous enseignait une façon de grandir bizarrement sentimentale : nous pensions tous que le fil de notre vie serait tranché net vers l’âge de vingt ans. Nous n’envisagions jamais ce qui pourrait venir après. L’existence nous semblait quelque chose d’étrangement léger. Cette vie, limitée à quelque vingt années, était en tous points comparable à un lac d’eau saumâtre à la surface duquel il devient de plus en plus facile de flotter à mesure que la salinité augmente. Puisque le rideau n’allait pas tarder à tomber, j’aurais dû mettre plus de zèle à interpréter les scènes de mon théâtre masqué, dont j’étais le seul spectateur. »

Confessions d’un masque, Yukio Mishima, Gallimard, Du monde entier, 240 pages, 20 euros

Visuel : couverture du livre

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Julien Coquet

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