Théâtre

Bernard Levy affine « Les chaises » d’Eugène Ionesco à l’Aquarium

Bernard Levy affine « Les chaises » d’Eugène Ionesco à l’Aquarium

24 mars 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Bernard Lévy propose une nouvelle lecture du chef d’oeuvre de Ionesco, Les chaises. Dans une scénographie singulière et magnifique, les comédiens magnifient le texte dans la grande salle de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes.

– Tu es très doué, mon chou. Tu aurais pu être Président chef, Roi chef, ou même Docteur chef, Maréchal chef, si tu avais voulu…

Il a 95 ans, elle en a 94 et elle n’a pas renoncé à dire son admiration pour son mari, et à distiller ses espoirs  déçus.  Seuls dans une maison perdue sur une ile battue par les flots, le couple cacochyme ressasse, usées les mêmes histoires. Sauf que le vieil homme dit détenir un message au monde et a réuni ce jour là des personnalités pour enfin délivrer son manifeste. Sa pensée de vieillard est empêché depuis toujours; ce sera donc un orateur professionnel qui viendra proclamer à sa place son testament au monde devant un aréopage d’invités triés sur le volet. 

L’orateur se révélera sourd et muet et les invités invisibles. Le théâtre de l’absurde d’Eugène Ionesco se résume à cela dans cette farce aigre-douce et mystérieuse. Et comme souvent chez l’auteur, la situation inventée imbrique le tragique et le comique. Thierry Bosc et Emmanuelle Grangé restituent avec tendresse la poésie du texte. C’est émouvant, oppressant et troublant, toujours bouleversant. Thierry Bosc accomplit sa partition en virtuose. L’acteur beckettien de Bernard Levy défend la pièce de tout son corps. Il soutient admirablement le choix de son metteur en scène qui accroche Les Chaises sur un versant tragique plutôt que comique.

Les chaises invente un vieil homme qui dans un semblant d’exil proclame détenir le secret qui réparera le monde. Les mémorables scénographies  de Jean Luc Boutté en 88 à La Colline ou de Luc Bondy aux Amandiers en 2010 privilégiaient l’espace et la verticalité; l’enfermement émergeait lentement par l’empilement des chaises. Chez Bernard Levy, le confinement nous assomme par son tranchant dès le lever de rideau. Le couple de vieillards promène leur désespoir et leurs hallucinations au sein d’une cage de verre. Cette claustration oppresse le public qui aspire en secret à affranchir les deux condamnés. Ainsi, la belle lecture de Bernard Levy arrache au texte écrit en 51 la sombre désillusion des hommes au lendemain de la guerre mondiale et de ses destructions. 

A ne pas rater.  

 

 

Les Chaises, du 19 mars au 14 avril 2019
du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h, texte de Eugène Ionesco, mise en scène de Bernard Levy. lien de réservation

 

Crédits Photos : Regis-Durand De Girard

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