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Essai : Les hommages de Milan Kundera

14 avril 2009 | PAR marie

une-rencontre De Fellini à Anatole France en passant par Xenakis, Breton et Schönberg, le romancier Milan Kundera rend hommage dans son dernier essai aux artistes et poètes qu’il aime, qu’il les ait rencontrés ou non.  Au travers ce florilège d’éloges, le théoricien revient, par ses analyses d’oeuvres, sur les thèmes qui lui sont chers : l’Art du Roman, l’histoire de l’Art, l’exil et l’artiste face aux totalitarismes. Un salon de curiosités à lire comme une invitation à penser… et à lire…

D’après Milan Kundera, les modes littéraires sont lancées par quelques intellectuels parisiens qui, malgré leurs connaissances bien parcellaires d’une oeuvre, décident de mettre à l’index un auteur. Cet Index laïque, appelé « liste noire » par l’essayiste est suivi minutieusement par de dociles lecteurs soulagés de voir leurs bibliothèques de livres recommandés allégées.

Horrifié par une histoire littéraire aussi arbitraire, le lecteur ému qu’est Kundera est allé fouiller dans ces listes trop vite enterrées. Il a ressorti Anatole France et ses Dieux ont soif, un roman dans lequel « l’insupportablement dramatique » de l’Histoire (ici, la Terreur) coexiste avec « l’insupportablement banal du quotidien ». Ayant, dans sa propre vie de dissident et d’exilé expérimenté combien le sentimentalisme pouvait être lié à la cruauté, Kundera salue chez Anatole France (comme chez le compositeur Xenakis ou dans L’Ulysse de James Joyce), « l’absence de coeur » du romancier banni. Contre un art sentimental et manichéen, Kundera oppose des oeuvres qui permettent de « tenir déployé l’éventail des sentiments et des réflexions ». A cette seule condition, l’art pouvait et peut tenir tête aux régimes totalitaires du XXème, qu’ils soient nazis ou staliniens. L’art moderne est donc l’art « objectif » qui, comme la musique de Xenakis, les froids tableaux de Bacon ou La Peau de Malaparte, oppose « la sonorité objective du monde » à la « subjectivité des âmes ».

Pour que l’éventail des nuances si cher à Kundera soit dans la vie comme dans les oeuvres, le romancier en appelle à une mémoire qui ne doit pas seulement être celle des événements historiques, mais aussi celle des oeuvres qui les racontent : Un survivant de Varsovie d’Arnold Schönberg pour la Shoah ou, pour l’époque stalinienne, La Plaisanterie de Kundera (et c’est moi qui le dis !). Au final, avec sa Rencontre, l’essayiste est comme le personnage de Juan Goytisolo dans Et quand le rideau tombe, il est l’homme âgé qui, en face d’un parterre de journalistes glosant sur les dernières guerres de Tchétchénie, ressort des vieilles bibliothèques Hadj Mourat de Tolstoï, un roman « qui raconte la guerre des mêmes Russes contre les mêmes Tchétchènes quelque cent cinquante ans plus tôt ».

Exilé aux visages multiples caché derrière ses amours et son ironie, il est aussi Vera Linhartova, écrivain tchèque exilée en France dont il rappelle la communication : « L’écrivain n’est pas prisonnier d’une seule langue ». L’exil est-il venu pour Milan Kundera comme Vera Linhartova combler son voeu « le plus cher », « vivre ailleurs » ? Qu’importe, la romancière est venue sortir l’exil de l’écrivain du cliché et du moralisme dans lesquels ils étaient enserrés, et cela a convaincu son compatriote.

Un essai pour le rencontrer lui -Kundera- et ceux dont il fait l’éloge…

« Je comprenais que l’agitation sentimentale (dans la vie privée de même que publique) n’est pas en contradiction avec la brutalité mais qu’elle se confond avec elle, qu’elle en fait partie… ». (p 93)

Une rencontre, de Milan Kundera, Ed. Gallimard, 204 p, 17,90 euros. Avril 2009

Marie Barral

Ophélie Kelly soeur spirituelle de Mickael Vendetta ?
« Shhh » reprend au théâtre du ciné13 !!
marie

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