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Emmanuel Fansten – Les nouveaux barbouzes

Emmanuel Fansten – Les nouveaux barbouzes

02 novembre 2012 | PAR La Rédaction

L’intelligence économique est-elle polluée par les nouveaux barbouzes ?

Après avoir écrit Scientologie. Autopsie d’une secte d’Etat en 2010, le journaliste Emmanuel Fansten vient de consacrer une enquête sur la privatisation de l’espionnage, intitulée Les nouveaux barbouzes et parue aux éditions Robert Laffont.

LA TRICOCHE, OU LA CORRUPTION DOUCE (SOFT CORRUPTION)

 

Dans cette enquête très fouillée, Emmanuel Fansten évoque des pratiques très limites, voire franchement douteuses, comme par exemple la « tricoche », qui permet d’obtenir des informations tirées de fichiers protégés pour s’en servir dans le privé.

 

Relevés de comptes bancaires, factures téléphoniques détaillées, antécédents judiciaires ou fiscaux, ou mêmes numéros d’immatriculation : toutes ces données confidentielles ont une grande valeur sur le marché noir du renseignement. Elles s’y monnaient très souvent, explique l’auteur…

 

Ensuite, sont évoqués différents cambriolages ciblés et non signés, qui selon le journaliste, seraient l’œuvre de professionnels reconvertis.

 

DES MONDES DIFFERENTS

 

Le cas des détectives privés est abordé. Ceux-ci sont étudiés, en parallèle de la nouvelle réglementation de leur profession, laquelle exige désormais un casier judiciaire propre ainsi qu’un agrément officiel. Pour moraliser la profession et donc tenter de gérer au mieux les détectives privés, les pouvoirs publics ont créé une autorité administrative indépendante (CNAPS).

 

L’intelligence économique, cette nouvelle science du renseignement, est également présentée, de même que les parasitages dont elle fait l’objet. Rappelons que l’intelligence économique est une entreprise chargée de traiter des renseignements économiques sensibles ou stratégiques, utiles aux acteurs économiques.

 

UN CATALOGUE DE FAITS DIVERS ET DE PERSONNAGES INTERLOPES

 

Puis, l’auteur dresse un catalogue d’affaires, comme celle de Renault dans laquelle des vrais faux espions sont intervenus pour dissimuler une simple affaire d’escroquerie… Emmanuel Fansten raconte aussi comment Greenpeace, la célébrissime organisation non gouvernementale écologiste, a été victime de hackers pour le compte d’EDF… Le journaliste se penche en outre sur Canal +, où les exploits d’un ancien inspecteur des renseignements généraux sont révélés par le menu…

 

L’auteur cible différents protagonistes de tout premier plan, comme par exemple Alexandre Djouhri (chapitre 8. Les trois mousquetaires). Cet autodidacte tout à fait insaisissable a en effet été propulsé au cœur du pouvoir. Il est même présenté comme l’un des personnages les plus puissants de la République, fréquentant entre autre Serge Dassault, Dominique de Villepin, Claude Guéant.

 

Emmanuel Fansten rappelle les grandes étapes de la formidable carrière d’Alexandre, qui jadis se faisait appeler, semble-t-il, « Ahmed » ou « Meda ». A cette lointaine époque, Djouhri était un petit caïd de Sarcelles. Son ascension débute par l’arrivée au faubourg Montmartre, naguère contrôlé par les frères Zemmour, figures historiques du milieu pied noir. Peu à peu, Alexandre trace son chemin entre jet set et grand banditisme.

 

Il rencontrera François Antona, policier corse des renseignements généraux, et ensuite Bernard Squarcini. Peu à peu, il devient, selon le journaliste Claude Péan, « un prince des ténèbres ». Selon le SRPJ de Versailles, c’est une figure montante du milieu parisien. Depuis, il apparait dans des contrats internationaux mirifiques. On parle aujourd’hui de « système Djouhri ».

 

LA PRIVATISATION DE L’ESPIONNAGE

 

Pour Emmanuel Fansten, il existerait actuellement un mouvement de fond, amplifié par la mondialisation, dans lequel d’anciens gendarmes, policiers et militaires essaieraient de tirer parti de leurs anciennes positions dans les forces de l’ordre pour gagner de l’argent. Selon lui, cela remonterait jusqu’au sommet de l’Etat et ce secteur se serait développé de façon anarchique. L’Etat semblerait impuissant à le neutraliser.

 

Il y a un point commun à tous les scandales, i.e. une cascade de sous-traitants menant à de petites structures qui peinent à survivre dans un marché très concurrentiel et qui sont donc prêtes à prendre des risques insensés pour tenter de séduire ou de fidéliser un client pouvant assurer un revenu régulier.

 

Malgré son titre racoleur, l’ouvrage d’Emmanuel Fansten est très intéressant. Mais il est dommage qu’il n’y ait pas eu d’investigation plus poussée sur le « pantouflage » des anciens hauts fonctionnaires ou de hauts gradés militaires, comme Paul Barril ex-commandant du GIGN, ou sur les conflits d’intérêts. A cet égard, la présente enquête du journaliste Emmanuel Fansten complète fort opportunément le livre de Noël Pons, La corruption des élites.

 

Jean-Paul Fourmont

 

 

 

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