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Dans l’enchantement de Nabokov

Dans l’enchantement de Nabokov

16 novembre 2011 | PAR La Rédaction

Avec L’enchanteur. Nabokov et le bonheur, Lila Azam Zanganeh rend un hommage intime et inclassable à l’auteur de Lolita.

Vladimir Nabokov illumine depuis longtemps les paysages intimes de Lila Azam Zanganeh. Cette jeune auteur, Normalienne, nés de parents iraniens installés en France, partage avec l’auteur russe l’expérience de l’exil, mais aussi une fascination pour la langue, les langues, et leur capacité à réenchanter le monde. Dans son premier livre, L’Enchanteur. Nabokov et le bonheur, l’ancienne enseignante de lettres à Harvard, a visiblement pris un plaisir inouï à réexplorer l’univers nabokovien à la lumière de sa propre vie et de sa propre imagination. Bien que l’auteur de Lolita, souligne-t-elle, soit « si souvent associé à un malaise moral et sexuel, elle « demeure convaincue qu’il est le grand écrivain du bonheur ». En quinze chapitres écrits dans une langue éblouissante et d’autant plus remarquable que ce livre fut rédigé en anglais, la jeune femme, qui vit aujourd’hui à New York, s’emploie à démontrer en quoi sa vie et son oeuvre sont traversées par la félicité, « cette manière particulière de voir, de s’émerveiller et de saisir – en d’autres termes de piéger- les particules lumineuses vibrant autour de nous ». Ni biographie ni analyse purement textuelle, à mi-chemin entre l’enquête, le témoignage personnel et l’essai non-académique, l’ouvrage, impossible à catégoriser, fait surgir ces moments lumineux. De cette chute dans la montagne, qui, bien que sérieuse, provoqua l’hilarité immédiate de Nabokov, à la chasse aux papillons, sa passion, en passant par ces moments de sérénité profonde auprès de son épouse à Montreux, où le couple s’installa au soir de sa vie, on y découvre un écrivain qui savait jouir profondément de l’existence. Son oeuvre elle-même est traversée de jaillissements heureux, comme le montre le souvenir de ses premières amours, dans la propriété rurale de sa famille en Russie, qui inspira les personnages féminins de ses écrits à venir.

Dans cet essai iconoclaste qui la conduit sur les terres où vécut Nabokov, Lila Azam Zanganeh s’immisce au plus près du style nabokovien; elle en épouse les contours et les subtilités, exprimant à son tour une exaltation très communicative. On la suit avec délice simuler une interview (très convaincante) de son idole sur les bords du lac de Côme. Ou se perdre, telle l’Alice de Lewis Carroll (le roman préféré de Nabokov), dans l’univers de Lolita. A force d’intimité avec l’objet de son admiration, la voilà qui mêle son imaginaire au sien, et finit, par un habile jeu de passe passe, à confondre son écriture avec la sienne, aboutissant à un dernier chapitre où les deux auteurs n’en font plus qu’un. Nabokov, qui « ne pensait pas de bien des dames qui écrivent » en aurait-il été séduit? Pas si sûr… Lila Azam Zanganeh donne en tout cas une envie impérieuse, à la lecture de cet exercice d’admiration très érudit, de relire Lolita, Ada ou l’Ardeur et Autres Rivages. Avec un bonheur qu’on espère semblable au sien.

Ariane Singer.

« Après avoir traversé l’abîme transparent de l’exil, supporté la perte de son enfance, de sa langue et de son père, VN entreprit avec ferveur de se frayer un chemin vers le bonheur en écrivant. La prose devint « la chronique de son idylle avec les mots. Un tapis magique sur lequel le lecteur audacieux fuse dans des ciels illuminés, se prélasse sur des nuages limpides, admire dans les moindres détails des paysages vierges et sauvages ».

 

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La Rédaction

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