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« Boris Godounov » d’Alexandre Pouchkine : un Lorenzaccio russe

« Boris Godounov » d’Alexandre Pouchkine : un Lorenzaccio russe

01 juin 2018 | PAR Julien Coquet

A l’occasion d’un nouveau Boris Godounov de Moussorgski monté à l’Opéra national de Paris par Ivo Van Hove du 4 juin au 12 juillet 2018, Folio publie la pièce originale d’Alexandre Pouchkine.

Le sujet qu’Alexandre Pouchkine choisit de traiter est éminemment politique. Le fils d’Ivan le Terrible, Dimitri, meurt en 1598 dans des conditions étranges : le régent, Boris Godounov, bien que soupçonné d’avoir commandité l’assassinat de l’enfant, devient tsar sous l’acclamation de la foule. Mais cinq ans plus tard, le disciple d’un vieux moine s’enfuit dans l’intention de gagner le trône de la Russie en se faisant passer pour Dimitri. Soutenu par le peuple, l’Imposteur devient tsar à la suite de la mort mystérieuse de Boris Godounov.

Cette pièce, Pouchkine s’est battu pour la faire représenter et pour éviter les coupures de la censure qui sévissait. Comme l’explique Jean-Louis Backès dans sa préface : « Car il est clair que rien, dans cette tragédie, ne pouvait plaire au tsar et à ses sbires. Le sujet, en lui-même, était inquiétant, puisqu’il évoquait une rébellion ». Sans atteindre le niveau des grandes pièces politiques de Shakespeare, Pouchkine s’est inspiré du dramaturge anglais pour rendre compte d’une époque. Multipliant les personnages, du moine Pimène, vieux chroniqueur, à l’Innocent, qui chante les malheurs du peuple, toutes les catégories du peuple russe sont représentées. Cette prolifération des personnages et le nombre important de lieux différents (palais du patriarche, auberge à la frontière lituanienne, palais du Kremlin…) rendaient son interprétation scénique presque impossible, comme le chef-d’œuvre de Musset, Lorenzaccio.

Publiée en 1831, la pièce est mise en musique par Moussorgski en 1869. Le compositeur russe remanie certaines scènes et garde quelques passages : c’est la première version de l’opéra qui est proposée à l’Opéra Bastille jusqu’au 12 juillet.

Boris Godounov, Alexandre Pouchkine, Gallimard, Collection Folio théâtre, 256 pages, 6,60 euros

Visuel : couverture du livre

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Julien Coquet

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