Livres

Bilal sur la route des clandestins, de Fabrizio Gatti

12 mars 2009 | PAR marie

A l’occasion de la sortie du film Welcome, de Philippe Lioret, La boite à sorties vous propose la lecture d’un livre paru l’été dernier, Bilal, sur la route des clandestins. Voici la critique que nous avions rédigée (parue le 18 juin 2008) :

Bilal clandestins Dans ce qui est tout à la fois un reportage, un carnet de voyage, un cri de colère et un roman d’aventures, le journaliste italien F. Gatti relate comment, glissé dans la peau d’un clandestin, il a voyagé de Dakar en Italie. Une entreprise folle…

Le livre commence comme un récit de voyage : une carte et un départ, de Milan pour Dakar. Au Sénégal, le voyageur-journaliste entame son enquête au consulat d’Italie : moins de deux mille visas italiens sont distribués chaque année par le consulat. Ce n’est qu’un chiffre, un mot délivré par un fonctionnaire lors d’une interview toute banale, et pourtant, de ce chiffre découle tout ce qui va suivre : l’étrange et périlleux voyage du journaliste, l’incessant aller-retour des camions dans le désert, le destin des habitants de Dirkou « l’oasis des esclaves », la reconversion des barques de pêcheurs en Tunisie, la schizophrénie de Lampedusa, etc.

Des mois durant, le journaliste, se mêle aux candidats à l’émigration clandestine et suit la route pour « l’Eldorado » européen. Avec Daniel et Stephen, James ou Joseph, avec son guide touareg Yaya, il vit l’attente des camions à Agadez, la peur des extorsions des passeurs, des tortures des policiers libyens, des attaques des bandits ou des « chauffeurs qui plantent les migrants dans le désert » (là où « jamais personne, quoiqu’il arrive,ne viendra les en tirer. Aucun père, aucun frère, aucune organisation humanitaire, aucun des gouvernements… »). A part la volonté de rester en vie, autorisée par le passeport bordeaux, rien n’arrête l’enquête… Le détail est de taille, par ces « deux rectangles de carton avec trente-deux pages au milieu », « Bilal », si bien incarné fut-il, ne sera jamais qu’un « masque ». Mais tout de même… quand seule la perspective de la mort fait reculer le journaliste, le reportage se déroule en terres inconnues et les lieux visités sont ignorés des plus grands représentants de l’ONU.

Et pour le reste, pour déceler ce qui, sous le masque, est masqué par la peau blanche, l’auteur retranscrit les témoignages de ses compagnons de voyage, les mails de Joseph et James coincés en Libye ou les chroniques nécrologiques des dépêches AFP ; il met des visages à ceux qui les gardent cachés ; rend hommage à ces « héros » des temps modernes qui « n’ont rien sauf un e-mail […] le seul réseau stable, le seul espace où ils peuvent avoir une adresse, laisser une trace, exister » et mériteraient un mémorial (à l’heure où nous écrivons cet article, S. Berlusconi s’apprête à en inaugurer un sur l’île de Lampedusa…).Bilal, la route des clandestins

Des horreurs, des douleurs, mais nul ton larmoyant, pas d’apitoiement. Comme un chercheur, le narrateur, tente de percevoir le point de bascule qui, chez Ousmane ou Djimba, va mettre « le corps en mouvement », va faire d’eux des stranded, des morts vivants qui s’affament, pour risquer de ne jamais arriver… Il essaye de comprendre pourquoi tous ne « font pas comme Amadou, le jeune papa rencontré au marché d’Ayorou, qui était presque arrivé en Europe mais qui [par peur de la mer] a eu le courage de rentrer chez lui » .

Les « petites » histoires sont mêlées à la grande Histoire et c’est ainsi que s’explique, au gré des relations euro-libyennes, le chargement des camions dans le désert : pleins à l’aller, vides au retour, puis sans cesse pleins… A bien des reprises on voudrait se pincer, se dire que le livre est bientôt terminé, mais on se rappelle que derrière cette force romanesque, nul roman… Alors on se dit que cette lecture devrait être obligatoire. Pour tous les Européens, pour tous les Africains, pour ceux qui n’y connaissent rien et pour ceux qui croient tout savoir. « Je voulais juste te dire ça. Pour que toi, quand tu rentreras en Europe, tu puisses en parler avec les gens de ton pays. La seule chance de salut pour nous, c’est que vous sachiez ce qui se passe ».

Les quelques 500 pages de Bilal sur la route des clandestins ont donc été écrites pour que les mots du chauffeur darfouri ne se perdent pas dans la nuit étoilée du Ténéré…

Bilal sur la route des clandestins, de Fabrizio Gatti, traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont, Ed Liana Levi, 477 p, avril 2008, 21 euros.

 

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One thought on “Bilal sur la route des clandestins, de Fabrizio Gatti”

Commentaire(s)

  • abjean françoise

    Je cherche à joindre fabrizzio gatti en vue d’avoir les droits d’éditer sa photographie dans un livre.
    Pouvez-vous me dire qui contacter ? en Italie ? chez l’éditeur français ?
    Merci à vous.

    mars 10, 2010 at 15 h 51 min

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