Beaux-Livres
E 1027, récit d’une renaissance architecturale

E 1027, récit d’une renaissance architecturale

21 avril 2022 | PAR Laetitia Larralde

Avec ce nouveau livre, les Editions du Patrimoine nous proposent de suivre les années de restauration d’une pépite de l’architecture moderne : la villa E1027 d’Eileen Gray et Jean Badovici.

Imaginez une maison conçue comme un belvédère sur la Méditerranée. Posée au milieu d’un ancien champ de citronniers en terrasses, elle se perd dans la végétation et s’ouvre sur le bleu étincelant de la mer. Le soleil chauffe le paysage mais la maison naturellement ventilée nous abrite, et invite à une vie sans soucis dans tout le confort moderne. Cette maison, c’est la villa E1027, conçue par Eileen Gray en collaboration et pour son ami architecte Jean Badovici, entre 1926 et 1929 à Roquebrune-Cap-Martin.

Ce bijou de l’architecture moderne a bien failli être perdu. Après le meurtre de l’un de ses propriétaires en 1996, la villa est squattée et saccagée, les aménagements mobiliers qui n’avaient pas encore été vendus détruits, le jardin laissé à l’abandon. En 2000, la villa est classée monument historique et vont pouvoir commencer 20 ans d’études et de restaurations. Pilotée par l’association Cap Moderne qui regroupe le cabanon et les unités de camping de Le Corbusier, la villa et le restaurant l’Etoile de mer, cette restauration vient de prendre fin.

Le livre nous propose une promenade architecturale. Les photographies de Manuel Bougot documentent la fin des travaux tout en nous permettant de visiter les lieux qui ont retrouvé leur aspect de 1929, fresques de Le Corbusier mises à part. Ces fresques ont d’ailleurs soulevé de nombreuses questions parmi l’équipe de restauration. Car si elles ont permis en un sens la préservation de la villa, elles l’ont également dénaturée, lui faisant perdre toute valeur aux yeux d’Eileen Gray.

L’énorme travail de documentation fait par le comité scientifique a permis de reconstituer les éléments du bâti, de l’aménagement fixe, du mobilier, des textiles, de luminaires et des jardins. Plusieurs des intervenants du projet ont également réalisé des relevés complets du site et des analyses ont été faites pour retrouver les matériaux et les couleurs d’origine. Ainsi, les toiles extérieures que l’on pensait grises sont revenues à leur bleu d’origine, dans l’esprit paquebot donné au projet par le duo Gray-Badovici.

Car la restauration ne s’est pas limitée à un coup de peinture et le repositionnement de 3 chaises. L’architecture du début du XXème siècle est un défi pour la rénovation, avec tous ses nouveaux matériaux et ses expériences et innovations architecturales. L’équilibre entre la préservation de l’état d’origine, la disparition de certains savoir-faire artisanaux et la volonté de pérenniser l’ensemble a nécessité de prendre des décisions compliquées. Il a fallu ensuite restaurer, racheter ou reconstruire l’aménagement et le mobilier disparu, ainsi que les tapis, rideaux et linge de lit par un travail de fourmi de reconstitution de l’œuvre raffinée d’Eileen Gray.

Et page après page, ce sont des trésors d’inventivité que nous découvrons. Cette œuvre d’art totale est pourtant d’une discrétion et d’une finesse tranquilles, s’adaptant au mode de vie de son propriétaire et de ses invités et s’effaçant derrière le paysage qu’elle permet d’habiter. Cette discrétion, c’est aussi celle de sa conceptrice, que Le Corbusier a tenté d’éclipser, dont c’était le premier projet d’architecture.

En attendant de pouvoir visiter la maison E1027 en vrai, ce livre, récit d’un sauvetage architectural, nous offre la possibilité de s’imaginer dans le hamac de la petite terrasse, suspendu entre les pins et la mer, pour un retour l’espace d’un instant dans l’utopie architecturale d’Eileen Gray.

E 1027 – Renaissance d’une maison en bord de mer
Sous la direction de Jean-Louis Cohen
264 pages, 49€ – Editions du patrimoine

Visuels : 1- couverture / 2- p.110-111, vue sur la grande terrasse ©Manuel Bougot / 3- p.118-119 La grande pièce ©Manuel Bougot / 4- P.214-215, Vue extérieure ©Manuel Bougot / 5- p.156-157, Le boudoir studio, Le diffuseur de lumière très bas ©Manuel Bougot

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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