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« Foncteur d’oubli » : L’opération mathématique fructueuse du Plateau – Frac Île-de-France

« Foncteur d’oubli » : L’opération mathématique fructueuse du Plateau – Frac Île-de-France

20 septembre 2019 | PAR Diane Royer

L’exposition « Foncteur d’oubli » est présentée au Frac Île-de-France, au Plateau à Paris, jusqu’au 8 décembre 2019. Conçue par l’artiste Benoit Maire, elle mêle des œuvres d’arts plastiques et de design d’une trentaine d’artistes, datant de la Protohistoire à l’époque contemporaine.

Une opération mathématique fructueuse
À l’occasion de son exposition de rentrée 2019, le Plateau invite l’artiste Benoit Maire en tant que commissaire d’exposition.
Une table en plastique de Théophile Blandet autour de laquelle sont convoqués, à travers des lettres, assis sur un fauteuil de Diego Giacometti et de Mélanie Mantranga, des évocations des correspondants épistolaires de Marcel Broodthaers. Ainsi, débute le parcours de l’exposition « Foncteur d’oubli ».

Le titre fait référence à une opération mathématique consistant à déplacer des objets d’une catégorie à une autre, en omettant certaines de leurs qualités. En somme, l’événement artistique propose au visiteur des rapprochements d’œuvres, des associations d’idées conçues d’après un changement de paradigme.

Regarder autrement : le pari audacieux de Benoît Marie
L’enjeu de l’exposition de Benoît Maire rappelle celui de « Carambolages », une manifestation artistique présentée au Grand Palais, en 2016, pour laquelle le commissaire d’exposition, Jean-Hubert Martin, avait rassemblé des œuvres formellement similaires.
De la même manière, « Foncteur d’oubli » propose une lecture de l’histoire de l’art original en opérant des rapprochements a priori peu évidents. En effet, qu’ont en commun, hormis leur titre, le Miroir mural Satellite d’Eileen Gray et Mirror 1 d’Agata Ingarden ? Le premier, une pièce de design du début du xxe siècle, offre au spectateur un reflet fidèle tandis que le second, une sculpture courbe, datée de 2018, dont la surface hérissée, sur laquelle le regard vient se frotter douloureusement, exclut toute possibilité de réflexion.

Entre les artefacts, les artistes et les époques, des liens se tissent. Le regard du spectateur circule d’œuvre en œuvre ; une lecture nouvelle en découle nourrie des connexions formelles, temporelles ou encore fonctionnelles.

Forme, matière, couleur, fonction… tour à tour, les qualités intrinsèques des œuvres d’art et de design créent des rapprochements inédits et participent, ainsi, à façonner un sens nouveau. Les designers conçoivent des objets uniques et non reproductibles ; les artistes produisent des œuvres semblables à des objets du quotidien.
Le Parapluie karinascope de Karina Bisch qui fait allusion à l’art géométrique et, plus généralement, aux artistes modernistes, est-il un objet de design ou une sculpture ?
Les assiettes de Simon Dybbroe Møller participent également au dialogue entre les arts plastiques et les arts appliqués, entre la sculpture et le design.
Quant aux fourchettes et aux couteaux fixés au mur d’Octave Vandeweghe, ils sont dénués de leur fonction principale. Ces outils contemporains, provenant de quelque pierre précieuse, rappellent les premières sculptures, les pierres millénaires, taillées et polies. L’exposition « Foncteur d’oubli » révèle ainsi la perméabilité des disciplines, le tribut des artistes contemporains dus aux modernistes. 

Visuels :

– Karina Bisch Parapluie karinascope, 2016, Toile polyester imprimée, poignée acétate, aiguillettes et embout en métal, ouverture automatique Longueur : 88 cm ; diamètre : 102 cm (déplié), Édition We do not work alone, 100/400 exemplaires, Courtesy de l’artiste et We do not work alone

Diego Giacometti, Fauteuil, avant 1984, Fondu par Blanchet, bronze patiné, 81 x 42 x 52 cm, Collection Frac Île-de-France

Eileen Gray, Miroir mural Satellite, 1927-1980, Modèle créé pour la Villa E-1027, Ré-édité par Écart international, Paris, Miroir avec lampe applique, miroir grossissant orientable avec une manette de serrage Structure en laiton nickelé, miroir, cache-ampoule en verre bombé, dépoli, Profondeur : 37 cm, diamètre : 73 cm, Collection Centre national des arts plastiques, Paris
© droits réservés/ Cnap / Crédit Photo : Philippe Costes

– Octave Vandeweghe, De l’ensemble Cultured Manners, 2016, 25 Edition #41, Citrine de culture, 2,5 x 19,5 – 3,5 x 19 cm Courtesy de l’artiste et Galerie Valerie Traan, Anvers

– Agata Ingarden, Mirror 1, 2018, Métal enduit, mousse insonorisante, papillons cristallisés au sel Courtesy de l’artiste

– Simon Dybbroe Møller, Negative Plate (Dorade poêlée), 2013, Assiette en porcelaine, résine, polyuréthane, vernis polyuréthane, silicone 27,5 x 27,5 x 3,2 cm, Courtesy de l’artiste

Infos pratiques

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Diane Royer

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