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“10 000 façons de mourir” d’Alex Cox :  Et pour quelques westerns italiens de plus

“10 000 façons de mourir” d’Alex Cox : Et pour quelques westerns italiens de plus

19 décembre 2021 | PAR Julien Coquet

Panorama du western italien, le livre d’Alex Cox livre l’histoire d’un genre mal-aimé en analysant plus d’une cinquantaine de films.

Dès la deuxième préface à cet ouvrage, le cinéaste Alex Cox revient sur l’utilisation trop fréquente du terme “western spaghetti” qu’il avait allégrement utilisé dans la première édition. Ce terme quelque peu péjoratif se révèle être l’arbre qui cache la forêt et, en l’utilisant moins dans cette nouvelle édition, Cox chercher à redonner les lettres de noblesse à un genre qui vécut son apogée du début des années 1960 au début des années 1970, avec son heure de gloire en 1967 et 1968 (Tue et fais ta prière de Carlo Lizzani, Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone, Le Grand silence de Sergio Corbucci…).

A la fin des années 1950, le western américain s’enlise dans une routine qui ennuie les spectateurs. Les vedettes comme John Wayne continuent d’attirer du monde, mais le public veut plus. Et notamment du sexe et de la violence. Pour Alex Cox, né en 1950, et pour une bonne partie des jeunes de sa génération, la violence semble aller de soi : guerre du Vietnam, violences entre le Royaume-Uni et l’Irlande, guerres coloniales… Si les westerns italiens qui débarquent sur les écrans sont taxés de misogynie et de violence gratuite, Alex Cox les défend dès le départ et y voit une certaine représentation du monde. Pour rappel, lors de leurs sorties, les films de Sergio Leone Pour une poignée de dollars et Et pour quelques dollars de plus sont classés X, c’est-à-dire interdits aux moins de 16 ans.

De 1963 (Massacre au Grand Canyon de Sergio Corbucci) aux années 1970 (Adios California de Michele Lupo), Alex Cox choisit les films les plus marquants parmi la multitude de westerns italiens, et les éclaire de son point de vue de cinéaste. Après une fiche technique et un résumé de l’intrigue, Alex Cox en vient au film lui-même, en faisant une analyse en fonction de la place qu’il occupe dans le paysage des westerns italiens. La pertinence de l’analyse de Cox provient de son approche des films en fonction des liens qu’ils entretiennent les uns avec les autres. Il est ainsi intéressant de retrouver les équipes techniques des deux grands Sergio, Leone et Corbucci, parfois voler de leurs propres ailes.

Plus étonnant, selon Cox, deux films ont particulièrement influencé le genre : Yojimbo de Kurosawa et le seul et unique film réalisé par Marlon Brando, La Vengeance aux deux visages. « Les deux films ont d’ailleurs un point en commun : une lenteur inexplicable, invraisemblable, de la part d’un héros qui, confronté à une situation éminemment risquée qu’il a lui-même créée, reste assis à ne rien faire et finit par en subir les conséquences. » Kurosawa fut lui-même inspiré par Shakespeare (Hamlet), John Ford et… l’écrivain américain de romans policiers, Dashiell Hammett. Cox se permet également une comparaison entre le théâtre jacobéen et le western italien, genres qui entretiennent tous deux de nombreuses similitudes : entretien du mythe de la supériorité raciale et de celui de l’infériorité des femmes, goût pour la violence, pour la transgression, la critique des puissants, personnages antipathiques…

En plus de 50 films décryptés, Alex Cox nous livre sa vision d’un genre souvent mal vu, distribuant les bons points en réhabilitant certains films, ou enlevant certaines étoiles à des films reconnus.

A propos de Il était une fois dans l’Ouest :

« Comme il sied à un western d’art, ce film marque le triomphe du directeur artistique : il constitue, il me semble, le point culminant de l’illustre carrière de Carlo Simi. Jamais il n’aura été, ni ne sera plus productif, et rapide. Parti une nouvelle fois en repérage aux Etats-Unis, Leone trouva les lieux étouffants : trop d’autoroutes, trop de lignes électriques visibles. Il tournerait donc la majeure partie de son film en Espagne. Mais cette fois-ci, pas question de recycler de vieux décors de Zorro. Une ville entière, avec sa gare et ses parcs à bestiaux, fut donc construire à La Calahora. »

10 000 façons de mourir. Point de vue d’un cinéaste sur le western italien, Alex Cox, Editions Carlotta, 622 pages, 50 €

 

visuel : couverture du livre 

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Julien Coquet

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