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Toutes les princesses meurent après minuit de Quentin Zuttion

Toutes les princesses meurent après minuit de Quentin Zuttion

29 octobre 2022 | PAR Katia Bayer

Editée par Le Lombard, la nouvelle BD de Quentin Zuttion (dont nous avions beaucoup aimé La dame blanche en janvier dernier) est parue cet été. Toutes les princesses meurent après minuit joue la carte de la couleur, des premiers émois, de la séparation aussi.

Fin août 97, Lady Di meurt dans un terrible accident de voiture à Paris. A la même période, un jeune garçon Lulu tombe amoureux de son copain et voisin, Yoyo. Sa soeur Cam a également des papillons gastriques pour un type plus vieux, qui l’« a déjà fait », lui. Leur mère, elle, déchante plutôt car son mari est sur le point de la quitter et de déserter le foyer familial. La faute aux autres, aux femmes plus jeunes, plus libres.

La dame blanche, le précédent roman graphique de Quentin Zuttion s’intéressait à un monde à deux couleurs (blanc et bleu) d’Estelle, une infirmière soignant et accompagnant jusqu’au bout des personnes âgées dans une maison de retraite. Chacun avait son histoire, ses amours, ses rêves. Estelle tentait, comme elle pouvait, de les aider, de ne pas les oublier en gardant un souvenir de chaque personne qu’elle avait croisée. Le livre parlait d’intimité, de sensations, de frustrations aussi.

Toutes les princesses meurent après minuit se conçoit différemment. Le narrateur et dessinateur ose un récit introspectif teinté de fiction (Lulu, c’est un peu lui). Il convoque Françoise Hardy, les Chocapic, Gala, les Barbie pour raconter trois histoires. Celles de Lulu, de sa soeur Cam et de leur mère en pleine séparation, entremêlées avec la disparition tragique, brutale de Lady Di. Cet été-là signe la fin des vacances, des illusions et prépare à la suite : la rentrée, le changement. Les rêveries s’en vont, le quotidien reste. En l’espace de quelques jours, chaque être de cette famille va connaître des déboires sentimentaux et puis, le temps fera son boulot dans le cercle intime. Espoir, entraide, identité. Vivre et aimer autrement sera possible.

Visuellement, Quentin Zuttion se fait plaisir en jouant avec les dimensions des cases BD qui ne sont pas figées par le cadre habituel. Certaines pages entières (79-82, 125-126 par exemple) sont délestées de leurs mots, laissant la place à l’image et à l’action. Par endroits, d’autres cases sont silencieuses car il n’y a plus rien à (se) dire. La fin d’un amour, la frontière floue entre amitié et attirance, le deuil de l’enfance, la citrouille de Cendrillon qui éclate, Diana qui ne fait plus rêver et qui est humaine, après tout.

L’album est généreusement fourni en couleurs. Celles-ci surgissaient seulement par petites touches dans La dame blanche quand une envolée (rêvée, florale notamment) était possible dans le récit. Ici, les pastels ressemblent par endroits à des tableaux. La mer est mauve et bleue, l’eau est turquoise, blanche, jaune et rose. Quentin Zuttion s’autorise aussi des zooms sur des joues embrassées, des confessions ou des échanges de regards. On est proche de plans de cinéma, on pense un peu à Close de Lukas Dhont qui sort ces jours-ci et qui parle de ces chemins qu’on emprunte en étant jeune ami-amoureux. On scrute aussi les prochaines idées formelles de Quentin Zuttion.

Toutes les princesses meurent après minuit de Quentin Zuttion. Edition Le Lombard.

visuel: couverture 

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Katia Bayer

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