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La Dame blanche de Quentin Zuttion

La Dame blanche de Quentin Zuttion

10 avril 2022 | PAR Katia Bayer

Paru chez Le Lombard, La Dame blanche de Quentin Zuttion est un roman graphique bleu. Mais aussi blanc, parsemé par endroit de taches de couleurs. L’histoire, c’est celle d’Estelle, infirmière aux Coquelicots, une maison de retraite comme les autres. La vieillesse, la maladie, la séparation, Estelle y est confrontée au quotidien. Elle partage ces moments avec Sonia, sa collège qui chasse l’homme sur Tinder, mais aussi avec les résidents des Coquelicots, auxquels elle s’attache et qui s’en vont inéluctablement.

Le quotidien d’une maison de retraite

L’originalité de ce roman est de percevoir le déclin et la vieillesse du point de vue du patient, de son entourage mais aussi de l’aide-soignante. Estelle a consacré des années et des sacrifices à son métier. Ses vieux, elle s’en occupe du matin au soir. Pour décompresser, elle sort, voit un Damien de temps à autre, fait des pauses clope avec Sonia. Seulement, son métier n’est pas anodin. Il l’occupe, la poursuit jusque dans ses soirées, ses nuits et ses cauchemars.

Estelle a une particularité somme toute banale : elle collectionne les souvenirs de gens qu’elle a aidés et aimés et qui sont disparus aujourd’hui. Parfois, il arrive qu’elle craque, qu’elle se fissure comme ce jour où Damien découvre ses fameuses acquisitions planquées dans un tiroir de sa table de chevet.

Multiplication des points de vue

Ce qui est touchant dans cet ouvrage, c’est la juxtaposition de ces points de vue qui font le quotidien d’une maison de retraite. Au fil des pages et des vies, on capte bien l’ennui, la fatigue, la solitude, les mauvais repas, la répétition, la recherche de lien avec le monde extérieur. Et pourtant, La Dame blanche évoque aussi l’empathie, du sens du toucher, que ce soit amoureux ou amical. Il est beaucoup question de tendresse, de douceur dans cet album qui aurait pu prétendre à une adaptation cinéma. On s’enlace, on se soutient, on organise une tournée de bisous, on accompagne jusqu’au départ.

Dans cet album, plusieurs histoires s’entremêlent à l’instar de celle de Madame Thomas, une ancienne ouvrière d’usine qui se prend pour une ambassadrice et dont la fille souffre de la présence de cette mère qu’elle ne (re)connait pas. Il y a aussi Germano, un bon vivant qui communique avec sa petite-fille par Nintendo interposées et qui refuse de montrer ses failles face à une enfant qui grandit et se détache petit à petit de lui. Quentin Zuttion, on le sent, connait son sujet. Il nous propose un regard lucide et sans détour sur le troisième, voire quatrième âge, sur ce monde qui s’en va, cette vieillesse qu’on ne veut pas voir, planquée derrière les portes des maisons de retraite. Il parsème aussi son album de fulgurances de couleur et d’humour aussi, nécessaires quand tout déraille.

Quentin Zuttion, La Dame Blanche,  édition Le Lombard, 208 p., 22,50 euros. Janvier 2022

visuel : couverture du livre

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Katia Bayer

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