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« Shadow Life » de Ann Xu et Hiromi Goto

« Shadow Life » de Ann Xu et Hiromi Goto

24 avril 2022 | PAR Katia Bayer

Les éditions Ankama ont sorti un roman graphique de plus de 350 pages nommé Shadow Life. Kumiko, l’héroïne, est une dame âgée dont le caractère nous plaît bien. Elle n’en fait qu’à sa tête, rit et parle toute seule, se fiche des conventions, a des manies, mais aussi des inquiétudes et des oublis. Kumiko a quitté la maison de retraite où ses trois filles l’ont placée pour vivre sa vie, la fin de sa vie, comme elle l’entend, seule comme elle a démarré, au grand dam de ces dernières, protectrices, angoissées et plutôt chiantes.

Kumiko a eu plusieurs vies. Elle a aimé une femme, Alice, s’est mariée avec Samuel depuis disparu, a eu ses filles. Aujourd’hui, elle vit dans un appartement, entre joies et tracas du quotidien. Si Kumiko fait ce qu’elle veut et déroute plus d’une personne qui croise son chemin, elle se sait aussi malade, voyant souvent l’ombre de la mort s’approcher d’elle et hésitant sur la façon de la combattre, entre résignation, défi et instinct de survie.

Ce roman oscille entre fantastique (il faut aimer les très grandes araignées !), émotion et humour. Le personnage de Kumiko est attachant par sa liberté d’esprit et d’action, comme le prouve le passage où elle se décide à acheter un aspirateur pour chasser non les poussières mais ses démons, à l’image de la couverture de l’album imaginé par la dessinatrice Ann Xu. Ce passage est génial car Kumiko ne lâche rien, refuse de se faire avoir comme une « vieille » et se joue de la vendeuse qui finit par lui vendre un aspirateur pour une somme inférieure à celle espérée.

Autre intérêt de ce roman graphique : il traite avec justesse de la question de l’âge et de celle de l’autonomie de choix face aux dégâts du temps. Il montre les corps nus, déformés par les années, le lien amoureux entre deux femmes âgées, les conflits intimes face à la peur de la disparition. Tout simplement, il parle d’amour, de sagesse et d’entraide, et on en a bien besoin par les temps qui courent.

Dans les notes bonus, on apprend que l’ouvrage a été écrit il y a plus de dix ans et que l’autrice canado-japonaise Hiromi Goto s’intéresse depuis son premier roman publié en 1994 aux femmes âgées asiatiques en s’inspirant de son modèle : sa grand-mère. « Si les esprits le veulent bien, arrivera un temps où j’aurai moi-même l’âge de mes personnages… Peut-être qu’une des raisons pour lesquelles j’écris sur elles est justement car cela m’aide à imaginer qui je serai plus tard. » En attendant ce moment, Kumiko ressemble déjà physiquement à Hiromi Goto. C’est plutôt bon signe.

Ann Xu et Hiromi Goto, Shadow life, édition Ankama, 368 p., 22,90 euros. Janvier 2022

visuel : couverture du livre

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Katia Bayer

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