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Naître et grandir en exil

Naître et grandir en exil

24 février 2019 | PAR Laetitia Larralde

En rendant visite à sa grand-mère, une jeune femme de Seoul, Kim, découvre le journal que ses grands-parents ont tenu à quatre mains depuis la naissance de leur fille Jessie. C’est le point de départ pour Kim de la découverte de son histoire familiale, et de sa volonté de transmettre ce témoignage de l’Histoire coréenne.

La Corée est occupée par le Japon depuis 1910 et le gouvernement provisoire coréen est en exil à Shanghai. Sunhwa y rejoint Woojo, intellectuel et résistant, pour l’épouser. En 1938, alors que le Japon est en guerre avec la Chine, naît leur fille Jessie. Commence alors pour eux, à la suite du gouvernement coréen, plusieurs années d’errances à travers la Chine. Entre bombardements et apprentissages de leur bébé, le quotidien est tiraillé entre deux réalités opposées. Car si la famille est dans cette situation précaire, c’est dans l’espoir de libérer la Corée, poussés par un patriotisme plus grand qu’eux.

Le livre de Jessie est une adaptation de Park Kun-Woong en roman graphique du Journal de Jessie, adaptation faite par Kim Hyunju, la petite fille de Sunhwa et Woojo, du journal de guerre de ses aïeux. Alors que le 1er mars 2019 marquera les cent ans du soulèvement des indépendantistes coréens et la formation du gouvernement provisoire, ce livre est un témoignage du combat de ces hommes et femmes, menant leur vie et leur combat dans un pays étranger lui aussi en guerre contre le même ennemi. Ce ne sont pas les soldats que l’on suit mais les politiques, qui vivent avec les civils et partagent les mêmes bombardements, les mêmes privations. La vie est difficile, mais on ressent l’entraide, l’espoir, et le courage tiré des jeunes enfants, qui construisent leur vie malgré un contexte hors normes.

Le livre de Jessie soulève la question la question de la transmission des parents à leurs enfants, de comment faire passer sa culture, ses valeurs alors qu’on est soi-même déraciné. Il souligne également l’importance de conserver la mémoire de l’Histoire, que chaque génération soit un relais des succès et des défaites, du courage et des lâchetés des générations précédentes, tout en étant suffisamment éclairé pour en tirer les enseignements.

Le dessin de Park Kun-Woong dans l’esprit de celui de Marjane Satrapi, avec un noir et blanc très contrasté, de grandes masses et un trait épais qui tend vers l’épure. Le résultat très graphique intègre des interprétations d’œuvres traditionnelles chinoises ou japonaises, comme par exemple cette vague d’Hokusai déversant les soldats japonais sur la Chine. Cette simplification du trait donne une ampleur au récit qui ainsi permet une identification plus large.

Le livre de Jessie traite d’un sujet méconnu en Europe et donne un point de vue sur la seconde guerre mondiale très différent de celui que l’on connait, ajoutant une strate supplémentaire de barbarie à un évènement déjà monstrueux. Entre histoire familiale et histoire politique, ce roman graphique nous rappelle que nos vies s’inscrivent dans un schéma bien plus large.

Le livre de Jessie – journal de guerre d’une famille coréenne
De Park Kun-Woong
Éditions Casterman

visuels © Casterman

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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