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« Le repas des hyènes », grandir avec les esprits

« Le repas des hyènes », grandir avec les esprits

25 novembre 2020 | PAR Laetitia Larralde

Après L’anniversaire de Kim Jong-Il en 2016, Aurélien Ducoudray et Mélanie Allag se retrouvent pour un nouvel album qui parle lui aussi d’enfance. Entre le monde des esprits et celui des humains, récit d’un voyage initiatique.

Kana et Kubé, deux jeunes garçons jumeaux, vivent dans un village d’Afrique. Né le premier, Kubé suit l’initiation de son père le sorcier. Mais alors qu’un Yéban, un esprit coincé entre le monde des vivants et celui des esprits, fait irruption lors d’une cérémonie funéraire sous la forme d’une hyène géante, Kana, envieux de son frère, s’interpose et est emporté par l’esprit-hyène. Celle-ci a besoin d’un guide pour retourner en enfer car elle a oublié le chemin, et l’âme de Kana servira son projet. Ainsi commence un voyage dont aucun des deux, enfant et Yéban, ne connaît la direction.

Sur le chemin, l’amitié naît entre Kana et la hyène tandis qu’ils croisent la route de différents personnages. Chaque situation est l’occasion d’élargir l’horizon et la connaissance du monde pour Kana : respecter la différence, craindre la guerre et ses conséquences, combattre la voracité des colons et le mépris des puissants… jusqu’à l’étape finale qui lui montrera sa destinée.

Le repas des hyènes est un conte initiatique. Le jeune Kana va quitter son village, et avec son enfance, pour apprendre à vivre dans le vaste monde et devenir adulte grâce à la transmission du savoir de son maître, aussi perfide qu’il soit. Car, selon les mots de la hyène, « tout s’associe, complète ou sert une autre chose », et chaque chose, chaque être a une utilité, bonne ou mauvaise. Le sorcier a besoin du Yéban, le couteau appelle nécessairement la mort et Kana et Kubé sont deux faces d’une même entité. Mais l’histoire est loin d’être manichéenne, elle recèle au contraire nombre de nuances et s’amuse à les associer.

Chaque étape est l’occasion d’aborder un sujet tel que la guerre, l’écologie, le colonialisme ou encore la famille. Le propos n’est jamais trop appuyé, et ces thèmes servent plutôt de contexte au développement de Kana, comme autant d’enseignements complexes dont on ne retient qu’une impression globale soulignée de quelques détails.

Le dessin au crayon de Mélanie Allag est beau et doux. Pour certains passages, elle n’hésite pas à changer de technique et passe au trait d’encre, plus dur et incisif. La colorisation, toute en nuances, suit le même chemin : tantôt avec un effet de matière et de fondu du pastel, tantôt avec la netteté et les couleurs plus franches de l’encre.

Le repas des hyènes est une histoire où adultes et enfants pourront s’y retrouver aisément. On prend plaisir à lire le conte et à imaginer un monde où tout suit une destinée bien plus grande que la nôtre, tracée par la sagesse omnisciente du conteur. Pour remettre une touche de magie dans notre quotidien.

Le repas des hyènes, d’Aurélien Ducoudray et Mélanie Allag
112 pages, 17,50€ – Delcourt / Mirages

Visuel : couverture de l’album ©Delcourt

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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