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« I’m every woman », les relations femmes – hommes dans la ligne de mire

« I’m every woman », les relations femmes – hommes dans la ligne de mire

14 mai 2018 | PAR Laetitia Larralde

Après son escapade du côté du monde de la finance, Liv Strömquist revient avec sa nouvelle bande dessinée I’m every woman vers son sujet de prédilection : les femmes, et leurs relations aux hommes.

Avec cet album, Liv Strömquist reprend son entreprise de déboulonnage du patriarcat. Elle part du fait que la notion de famille nucléaire, un père et une mère mariés par amour et leurs enfants, est une construction sociale relativement récente, mise en place par la bourgeoisie moraliste du XIXème siècle, et lui appose l’idée qui pourrait se résumer par la citation de Toni Morrisson : «l’amour romantique est l’idée la plus destructrice de l’histoire de la pensée humaine».

Pour étayer son propos, elle dresse plusieurs portraits de femmes connues ayant vécu des relations toxiques avec des hommes au comportement dysfonctionnel comme Priscilla Presley, Britney Spears ou encore Nadeja Allilouïeva-Staline, la femme de Staline. Toutes, souvent très jeunes, se sont soumises à des relations plus ou moins abusives, se mettant de côté pour être au service de l’homme choisi, dominées par la vision romantique de l’amour et du mariage comme seul chemin à suivre pour une vie heureuse et sûre.
Son propos est entrecoupé de diverses questions que se pose l’autrice, comme quels sont les pires petit-amis du monde (un top 5 avec Phil Spector à sa tête) pourquoi a-t-on besoin de justifier nos comportements sexuels par celui des animaux (spoiler, le pingouin n’est pas le chantre de la fidélité que l’on pense), ou pourquoi dans les Barbapapa les femmes sont toutes minces et apprêtées et les hommes gras et mous, et d’illustrations pleine page autour du thème de «l’empowerment» des femmes, faisant parfois parler les vagins.
L’autrice complète sa démonstration par deux contre exemples, Voltairine de Cleyre, anarchiste américaine du XIXème siècle, et Yoko Ono. Toutes les deux ont mis leurs convictions au-dessus de l’idéal social et romanesque du mariage. Elles défendent l’idée qu’une relation de dépendance empêche le développement de la personnalité et refusent de se sentir incomplètes, amputées de leur art et/ou de leurs idées, pour se soumettre au modèle social et donc à un homme. Mais n’allez pas penser que cela signifie renoncer aux hommes, au contraire, c’est construire avec eux une relation équilibrée et égalitaire.
Pour terminer, Liv Strömquist évoque la question de la parité aujourd’hui, qui est encore loin d’être atteinte, et surtout de façon imparfaite. Car parité ne veut pas dire égalité, et sans une vision féministe accolée à la démarche, on ne peut pas envisager un vrai changement sociétal.

La réflexion proposée ici par Liv Strömquist est intéressante, mais manque un peu de lien. Les épisodes se succèdent les uns aux autres dans une légère confusion et on peine à trouver le fil rouge, à raccrocher les wagons de la démonstration. L’impression globale reste plus celle d’un assemblage de petites histoires mises à la suite de façon un peu fortuite car sur le même thème général, et les illustrations pleine page renforcent encore cette distance entre les épisodes en rompant le rythme et en n’offrant pas souvent plus qu’une respiration entre deux bouts de démonstrations.
Comme toujours la documentation est fournie et le dessin reste égal à lui-même, et culture et pop culture sont toutes les deux utilisées sur un pied d’égalité pour servir le propos. Mais bien que la lecture reste instructive autant que distrayante, on reste malgré tout un cran en dessous de L’Origine du monde.

I’m every woman, de Liv Strömquist
Rackham, sortie le 19 avril 2018

visuels © Editions Rackham

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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