Théâtre

Le Maitre et Marguerite de Mikhail Boulgakov dans une adaptation de Igor Mendjisky à la Tempête.

Le Maitre et Marguerite de Mikhail Boulgakov dans une adaptation de Igor Mendjisky à la Tempête.

14 mai 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

La grande Salle de La Tempête semble maudite. Apres un Quai Ouest liquéfiant s’y joue désormais une adaptation du roman de Boulgakov, Le Maitre et Marguerite. Igor Mendjisky nous noie sous les artifices de mise en scène. On y somnole ferme.

Le roman nous vient sous forme de trois récits. C’est d’abord une histoire d’amour passionnel entre le Maître et Marguerite; celle-ci vendra son âme au Diable pour retrouver celui qu’elle aime. Le roman aborde aussi la souffrance du créateur, le Maître, écrivain censuré, puis nous transporte en Judée. L’empereur Hadrien soucieux de punir les Juifs de leur révolte baptisa la Judée : Palestina. Nous assisterons en Palestine à la rencontre entre Ponce Pilate et Jésus le Nazaréen. Enfin nous suivrons les mésaventures de nos héros dans la Russie des années 1930; car le Diable vient de débarquer à Moscou.

En 2012, on s’en souvient, le britannique Simon McBurney adaptait pour le Festival d’Avignon le roman de Mikhaïl Boulgakov. La pièce fut un événement et brillait par son rythme;  jouée dans la cour d’honneur du Palais des Papes McBurney donnait au même acteur le rôle du maître et du diable.

L’adaptation d’Igor  Mendjisky se veut politique et rocambolesque; le metteur en scène franco-polonais de 34 ans cherche à rendre compte de la confusion entre rêve et réalité. Sans rythme, la pluralité du roman serait rendue par la multiplication des langues, on entend du français du russe de l’hébreu, et par le fouillis de la succession des scènes. L’ensemble ressemble à un atelier d’étudiants en art dramatique. Les comédiens souffrent de la direction acteur. Romain Cottard oublie son habituel talent et interprète son personnage sans aspérités, sans développement tout au long des trois actes. Marc Arnaud interprète un Maître atone. Alexandre Soulié utilise exclusivement son physique dans des rôles qui méritaient mieux.

Ce salmigondis de mises en scène ne nous aura rien épargné. On aura vu Hitler, Sadam Hussein et Staline danser sur des airs cubains. On aura vu un jeune enfant du public humilié par le diable sur le plateau. Des globes terrestres auront été déversés sur ce même plateau pour tenter en vain de s’associer au génie de Chaplin. Les amoureux d’histoire se seront étranglés à apprendre que selon Mendijsiky, il y aurait eu à l’époque de Ponce Pilate autour du lac de Tibériade non plus Provincia Judea alias Palæstina mais trois entités : Israël, la Palestine et la Jordanie. Les amoureux tout court auront serré les dents lors de l’assassinat sur scène de la si belle chanson de Lou Reed, « Just a perfect Day ».

Au tomber de rideau, le public s’ébroue en songeant à la navette de retour, seuls quelques ados gesticulent de joie et hurlent Bravo. A chacun appartient sa réaction de n’avoir rien compris.

Avec : Marc Arnaud, en alternance avec Adrien Melin, Romain Cottard, Pierre Hiessler, Igor Mendjisky, Pauline Murris, Alexandre Soulié, Esther Van den Driessche, en alternance avec Marion Déjardin, Yuriy Zavalnyouk

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

4 réflexions au sujet de « Le Maitre et Marguerite de Mikhail Boulgakov dans une adaptation de Igor Mendjisky à la Tempête. »

Commentaire(s)

  • Annie Brunel

    Personnellement,j’ai assisté au spectacle, et s’il y a un « salmigondis », ce serait plutôt le contenu de cette critique.
    On a le droit de ne pas aimer, mais massacrer à tort et à travers,j’ai l’impression d’un tir de fête foraine.
    D’autre part je suis musicienne, et ne pas aimer une version ne permet pas forcément le terme « assassinat ». Personne n’a appris à ce monsieur le sens et le poids des mots ? Ni la manière de s’en servir ? Sinon, les vrais bons professeurs ne manquent pas.

    mai 14, 2018 at 19 h 44 min
  • Gonzales

    Il semblerait, monsieur, que vous n’ayez pas lu le roman, votre seule référence étant l’adaptation de Simon Mc Burney, tant vos remarques sont déplacées et réductrices. Vous ignorez la densité du roman qui est politique et romantique, et vous oubliez la liberté du metteur en scène dans ses choix et ses interprétations du texte.

    La mise en scène est structurée, rythmée par le mouvement, la couleur et la lumière, la vidéo est intégrée avec discrétion et poésie, et le récit en est clair. J’y étais dimanche après-midi, le public était heureux et la petite nièce de Boulgakov enthousiasmée, par cette nouvelle adaptation qu’elle a trouvée fidèle à l’esprit de Boulgakov qui s’est représentait dans le rôle du Maitre et celui d’Ivan le poète interné. Elle a comme tous ceux qui ont lu le roman, reconnu l’ambiance surréaliste, loufoque et diablement rocambolesque que vous n’avez pas appréciée.

    D’autre part, pourquoi dire qu’Igor Mendjisky est polonais alors qu’il est français ? Qu’apportent vos précisions historico-géographiques entre Palestine, Judée, Israël, Jordanie à l’époque de Ponce Pilate, alors que tout le monde sait que ce territoire était occupé par les Romains et qu’il est devenu au fil des siècles une Terre de mythes et de mystifications. Quant au jeu des acteurs, permettez-moi de ne pas être d’accord avec vous :la sobriété de Romain Cottard, rend son jeu encore plus fluide et subtil. Marc Arnaud incarne parfaitement le désespoir de l’artiste censuré et persécuté à cette époque terrible du soviétisme.

    Ce spectacle est traversé par une sensibilité et une démesure slave qui vous a complètement échappé et votre esprit glaçant en a fait un salmigondis de présomption et de méchanceté.

    mai 16, 2018 at 12 h 05 min
  • PUYOU

    Je suis d’accord avec le commentaire précédent, la critiqe est de mauvaise foi: la mise en scène est fluide, fidèle au roman, le couple Maïtre et Marguerite est juste, on ne s’ennuie pas. Seul reproche, trop d’interventions avec le public. Mais l’ensemble se tient bien J’ai beaucoup aimé les épisodes en Judée et l’éloignement provoqué par la langue.Quant aux tyrans, ils ont leur place au bal de Satan.

    mai 16, 2018 at 12 h 26 min
  • T Irène

    Ai-je assisté au même spectacle? J’y suis allée le soir de la première et j’en suis sortie très enthousiaste. Si il y a eu des lacunes, il me semblent que cette proposition ne mérite pas une telle attaque.
    La générosité et l’humour de la mise en scène, très fluide et l’ingéniosité parfois, de la scénographie ont participé à rendre cette adaptation rythmée et rendent compte d’un regard spécifique porté sur le texte. On n’a eut-être pas toute la polysémie et la pluralité des interprétations que nous offrent Boulgakov, mais il reste le sentiment d’un glissement constant entre rêve et réalité qui fut assez jouissif.
    Je n’étais pas dans la salle ce soir là, je n’y ai pas vu de jeune garçon humilié. Certes l’adresse au public peut mal tourner et je suis désolée pour le jeune homme et pour les comédiens. Cela dit je me suis levée à la fin et n’apprécie pas que l’on puisse juger mon acte à l’aune de votre regard.

    mai 16, 2018 at 12 h 50 min

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