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Les Théâtres Parisiens sont eux-aussi dans la tourmente

Les Théâtres Parisiens sont eux-aussi dans la tourmente

14 mai 2018 | PAR Agnes Polloni

Samedi 12 mai a été un samedi noir pour beaucoup de Parisiens. Khamzat Azimov, âgé de vingt-ans a poignardé mortellement Ronan, âgé de vingt-neuf ans et a blessé grièvement quatre autres personnes. Emporté dans son sillage, les lieux culturels ayant pignon sur rue emportent avec eux la pensée douloureuse d’une culture touchée de plein fouet. 

L’attentat au couteau de ce samedi revendiqué par un jeune partisan de l’État Islamique, s’est déroulée dans la nuit du 12 mai dans le douzième arrondissement de la capitale, lieu emblématique de la place de l’Opéra mais aussi des Galeries Lafayette.

La culture, la joie de vivre et la fête, qui se célèbrent ont encore été une fois le fruit d’une page tragique de l’histoire, qui laisse la sensation qu’elle ne s’arrêtera jamais. 

Perpétré à mi-chemin du théâtre de la Michodière et du Passage Choiseul, le lieu est symbolique les théâtres et salles de cinéma y sont à profusion, lieu évocateur de la vie parisienne. Samantha, guichetière au Théâtre de la Michodière, travaille à quelques mètres du lieu où s’est déroulé le drame. Elle n’était pas présente sur les lieux cette nuit-là, et s’est sentie angoissée de travailler  seulement quelques pas où s’est déroulé l’attentat : « Je m’y suis dis que j’avais énormément de chances de ne pas travailler dans la nuit du 12 mai ».  Dans les environs, Thierry billettiste depuis dix ans au Théâtre de la pépinière n’est pas du même avis : « Je ne me sens pas effrayé en me rendant sur mon lieu de travail, mais je ne peux m’empêcher d’y penser. Dans le métro, dans la rue… On ne sait jamais vraiment qui seront les prochaines victimes. » 

« C’est une atteinte à la liberté, la nuit c’est la liberté, la liberté de l’expression, de la sensualité, de la sexualité, c’est très important de la célébrer dans toutes ses composantes. » Thierry, billettiste 

Après les évènements tragiques du Bataclan, l’État Islamique signe une nouvelle fois une volonté d’atteinte à la vie parisienne et ses noctambules : « C’est une atteinte à la liberté, la nuit c’est la liberté, la liberté de l’expression, de la sensualité, de la sexualité, c’est très important de la célébrer  dans toutes ses composantes » rappelle Thierry. Depuis l’impact très fort des attentats de Janvier 2015, la majorité des théâtres parisiens se sont équipés d’un système de sécurité, pouvant aller de portiques de sécurité comme c’est le cas de l’Opéra de Paris, à plusieurs vigiles surveillant les passages réguliers d’entrée et de sorties des théâtres.

Une directive fondamentale pour les théâtres : « Cela permet aux billettistes de se sentir rassurés tout en assurant une certaine sûreté au client tout long du spectacle. » souligne Samantha.

Sur le réseau social Twitter, un utilisateur étudiant politisé n’est pas aussi confiant :

Le plus difficile est l’hommage et la tournure médiatique lors de ces évènements, être partagé entre l’effroi et une curiosité malsaine d’en savoir plus sur l’assassin. C’est un intérêt qui est inadmissible, il est impensable de célébrer un meurtrier, qui plus-est revendique un courant de pensée religieux radicalement opposé aux valeurs même de la religion islamique. « En l’espace de quarante-huit heures, le flux d’articles d’informations concernant l’identité et l’origine du tueur n’ont pas lieu d’être, c’est véhiculer une forme d’hommage à un être humain qui ne le mérite pas ! » s’exclame Thierry. 

Les portraits nécrologiques imposés par une ligne éditoriale de dernière minute ne peuvent faire autrement que de s’adapter à la curiosité, certes mal placée des lecteurs, dégainant leurs plus belles plumes réactionnaires, les utilisateurs s’indignent notamment de l’absence d’anticipation, et l’inaction de l’État sur la question des fichés S, comme l’indique Marie de Kervéréguin conseillère régionale au Front National :

À l’inverse la ministre de la Justice et Garde des Sceaux s’est montrée terriblement émue, manifestant son soutien indéfectible aux forces de l’ordre et aux victimes.

Un débat remit au goût du jour sur la toile, la véritable position bonne à adopter serait de perpétuer la tradition des salles des spectacles, car malgré tout la capitale reste un lieu de fête ouvert à tous et à toutes, qui après des attentats connait des salles vides.

Visuel : (CC BY-NC-ND 2.0)

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