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Nicolas Hatot nous parle de l’exposition « Savants et croyants » au Musée des Antiquités de Rouen

Nicolas Hatot nous parle de l’exposition « Savants et croyants » au Musée des Antiquités de Rouen

14 mai 2018 | PAR La Rédaction

Du 24 mai au 16 septembre 2018, Le Musée des Antiquités de Rouen présente Savants et croyants, la première exposition en France à être consacrée à la vie des juifs en Europe du Nord au Moyen Âge. Nicolas Hatot, commissaire d’exposition et conservateur au musée des Antiquités de Rouen a répondu à nos questions

Avant de parler de l’exposition Savants et Croyants, j’aimerais en savoir plus sur ce lieu au nom charismatique, La Maison Sublime ?

En 1976, des travaux de terrassement réalisés au Palais de Justice de Rouen ont commencé à révéler des vestiges romans du XIIème siècle, dont ce monument qui présente des graffitis hébraïques. L’un d’entre eux porte cette inscription, « Maison sublime », se référant au bâtiment sur lequel il est inscrit. Une première théorie de Norman Golb, professeur d’histoire de civilisation juive à l’Institut oriental de l’Université de Chicago, identifiait le bâtiment comme une école rabbinique. L’historien français Bernhard Blumenkranz, spécialiste de la communauté juive en France et en Occident, y a vu une synagogue. En réalité, au Moyen-Age,  le terme « scola » désignait un lieu très polyvalent.

Quelle est la zone géographique que prend en compte l’exposition ? Pourquoi ?

L’objectif premier était d’apporter un éclairage sur les Juifs de Normandie. Mais avec les destructions et les confiscations d’objets, peu de pièces subsistent dans cette zone. Il faut savoir qu’au Moyen-Age, la Normandie était très liée à l’Angleterre. Cette proximité concerne également la communauté juive. Les premiers juifs d’Angleterre viennent en effet de Normandie, ce déplacement ayant été provoqué par la conquête de Guillaume Le Conquérant. L’exposition concerne donc l’Europe du Nord : la France, l’Angleterre, l’Allemagne mais aussi l’Italie du Nord. Il ne faut toutefois pas percevoir de césure entre le nord et le sud de l’Europe. De nombreux échanges ont eu lieu entre les deux espaces. Citons par exemple ibn Ezra Abraham, un juif andalou installé en Normandie et en Angleterre qui a ramené avec lui un bagage scientifique important ayant enrichi la culture juive du nord de l’Europe.

Quand on pense à l’Histoire des Juifs d’Europe au Moyen Age, il est surtout question de disparition, la France est vide de Juifs suite aux expulsions successives pendant plusieurs siècles. Comment compiler des sources absentes ?

Nous exposons des manuscrits en hébreu qui ont été conservés : des textes religieux mais aussi d’ordre juridique comme le Talmud, des contrats de mariage, des lettres. Certains possèdent de très belles enluminures. Nous avons également rassemblé des stèles épigraphiques, des anneaux de mariage, des bijoux comportant des inscriptions magiques, des pièces de jeu_ dont un jeu de trictrac prêté par le Louvre _ , des sceaux de Chartes.
Nous disposons d’une collection d’objets d’orfèvrerie. Au XIVème siècle, les Juifs ont été accusés d’être responsables de l’épidémie de peste noire. Persécutés, ils ont enterré leurs trésors dans différents lieux comme Colmar en Alsace ou Erfurt en Allemagne. Ce sont des pièces très précieuses, très raffinées. Le budget consacré au déplacement de tous ces objets a été conséquent.

Comment se compose le parcours de cette exposition à l’apport scientifique évident ?

Le début de l’exposition consiste en un préambule destiné à conditionner le visiteur. Il explique pourquoi il est difficile de comprendre la culture juive du Moyen-Âge. Il faut saisir l’existence d’une propagande chrétienne à l’égard des juifs. Nous ne pouvons nous représenter cette culture juive médiévale en utilisant les sources chrétiennes qui sont ancrées dans un contexte de persécution et d’expulsion des juifs. Les biens étaient saisis et détruits.
Après ce préambule, sont mis en lumière les liens existant entre les communautés juives de Normandie et d’Angleterre, notamment la pluralité linguistique et l’utilisation du dialecte anglo-normand. Les visiteurs pourront découvrir une modélisation en 3D du monument juif de Rouen.
Une troisième partie est consacrée à l’enseignement et à la vie intellectuelle. Y sont rassemblés des manuscrits avec enluminures qui présentent des exercices d’écoliers, le code de la loi juive, des commentaires de textes. Les sciences et l’astronomie y sont également abordées ainsi que les différentes controverses existant entre juifs et chrétiens.
Une quatrième partie concerne l’individu et la communauté : l’imposition spécifique des juifs, le mariage, le jeu, les pratiques funéraires…
Enfin, la dernière partie de l’exposition sera consacrée au culte.
En tout, nous comptons près de 80 pièces rassemblées pour cette exposition.

Justement, comment rendre le sujet accessible ? Par exemple, avez vous pensé à un parcours pour le jeune public ?

Le vrai problème est avant tout de le rendre accessible à tous. La question des juifs au Moyen-Age est très peu maîtrisée. Nous avons donc pris soin de rédiger des cartels très didactiques et de réaliser des regroupements d’œuvres efficaces.
Le multimedia nous permet de valoriser un certain nombre de choses : la modélisation en 3D de la Maison sublime, la version numérique du manuscrit prêté par la British Library North French Hebrew Miscellany. qui permet de feuilleter l’ouvrage, la vidéo d’une interview d’un rabbin scribe expliquant les règles de la copie de la Torah.
L’exposition a été conçue en français mais un résumé en anglais disant l’essentiel du sujet est disponible à l’entrée du parcours.

Exposition du  25 Mai 2018 – 16 Septembre 2018, Musée des Antiquités de Rouen, 198 Rue Beauvoisine, 76 000 Rouen – 02 35 98 55 10

Visuel : ©DR

Amélie Blaustein Niddam et Claudia Lebon

( Article partenaire)

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