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« Girl power », retour dans les années 90

« Girl power », retour dans les années 90

12 mars 2020 | PAR Laetitia Larralde

Pour leur premier livre en français, Eleonora Antonioni et Francesca Ruggiero explorent un moment de vie de trois adolescentes sur fond de Fatboy Slim et Buffy contre les vampires.

Giulia, Anna et Clarice sont trois jeunes collégiennes dans l’Italie des années 1990. Toutes les trois un peu en marge, elles ont le point commun de tenir un journal qui leur sert de voix. L’amitié, les garçons, les premiers baisers, toutes ces préoccupations si centrales à cet âge-là sont au cœur des pensées des trois jeunes filles. Autour de la fête de Federica et de la venue d’une « talent scout » à l’école, les drames intimes se jouent et construisent ces femmes en devenir.

Ces trois jeunes filles sont à la recherche d’elles-mêmes. Apprentissage de la sexualité, avec un garçon, une fille ou toute seule, équilibre précaire des amitiés adolescentes, sentiment d’incompréhension face aux parents, expériences en tous genres : ces années de formation sont retranscrites avec légèreté et sensibilité. Leurs trois histoires se croisent de temps en temps mais chacune reste dans sa trajectoire, illustrant bien les problèmes de communications inhérents à cet âge.

Construit sous la forme d’un journal intime, alternant pages de narration classique et extraits de journal avec collages et paroles de chansons, Girl power ! reconstitue une ambiance à la Clueless. Le dessin façon bic quatre couleurs fonctionne très bien et donne un côté très graphique à l’ensemble. Le trait épuré et l’usage de trames géométriques associés à des remplissages typiques du bic créent un ensemble à la fois dynamique et aéré. Si on ajoute la typographie très présente dans les cases et les titres en lettres en relief, on obtient une esthétique libre et expressive, parfaitement en accord avec le sujet de l’album.

Il ne faudrait pas oublier les années 90, qui constituent la toile de fond de l’histoire, comme un quatrième personnage. On retrouve énormément de références à la culture pop de cette époque : la mode et ses marques iconiques, les slogans de pubs qui s’immiscent dans les cases comme dans nos têtes, Titanic et Sabrina l’apprentie sorcière qui cohabitent avec les séries animées de MTV et la playlist trip hop, rock, pop et électro qui s’écoute à fond dans le casque du walkman. Une agréable nostalgie s’installe à la lecture de ces pages – pour ceux qui ont connu ces années-là tout du moins.

Si le titre italien original (Non bisogna dare attenzioni alle bambine che urlano – pas besoin de faire attention aux filles qui hurlent) traduit mieux cette impression de mise à l’écart volontaire et la rage qui bouillonne chez nos héroïnes, le titre français met l’accent sur un féminisme pop à la Britney Spears des années 90. C’est pourtant bien de cette révolte impuissante des adolescentes dont il est question ici, qui avec le temps, comme le montre cet album, finira occultée par la nostalgie envers son décor et sa bande son, nous laissant un sentiment doux-amer. Et ça, les deux autrices l’ont bien compris : le vrai « girl power » s’obtient en surmontant ses blessures, avec le temps.

Girl power ! de Eleonora Antonioni et Francesca Ruggiero
Casterman

visuel :© Casterman

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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