BD
« Dans la nuit noire », lâcheté et cruauté de l’adolescence

« Dans la nuit noire », lâcheté et cruauté de l’adolescence

21 juin 2021 | PAR Laetitia Larralde

Avec sa BD Dans la nuit noire, David Small nous parle de la solitude de l’adolescence et de la difficulté de s’accepter dans un album aux trop grandes ellipses.

Après avoir été abandonnés par sa mère, Russell, 13 ans, part avec son père, vétéran de la guerre de Corée alcoolique, vers un avenir meilleur en Californie. Ils atterrissent à Marshfield, petite ville sans intérêt où plane le spectre d’un tueur d’animaux. Rejeté par sa famille et par tous ceux qui ne sont pas eux-mêmes marginaux, Russell peine à trouver sa place.

Sur un décor des Etats-Unis des années 1950, les personnages de David Small sont sûrs de leur supériorité, racistes, brutaux et individualistes. Peu font preuve d’humanité, et cela leur demande une force de caractère et le courage d’aller à contre-courant. Malheureusement, Russell n’a pas cette force et fait preuve de la lâcheté de ceux qui préfèrent se cacher derrière les brutes plutôt que de les affronter. Dans cet album, ce sont les marginaux qui apportent leur aide et leur soutien, malgré ce qu’on leur fait subir.

Russell n’est pas un personnage auquel on s’attache. Toujours renfrogné, mutique, faible et peu sûr de lui, il est de ceux qui mordent la main qui les nourrit. On le regarde se débattre avec son mal-être, incapable de nouer une relation sincère avec personne, seul dans son incapacité à s’aimer. Dans la nuit noire parle de ce vide des jours d’été qui balancent entre les tentatives de faire comme les autres, l’attente de l’âge adulte et la confrontation avec ses propres faiblesses.

On aborde les thèmes de l’identité sexuelle, de l’homosexualité, de l’injonction à « être un homme », mais l’auteur est aussi peu causant que son personnage, et les quelques clés qu’il nous donne mériteraient d’être étoffées d’un peu plus de matière. On peut penser la même chose du dessin, qui gagnerait souvent à être un peu plus dense ou contrasté. Ce choix de demeurer dans l’allusion tant dans le fond que la forme la plupart du temps donne l’impression que l’on reste, comme Russell, spectateur d’une histoire dont on n’a pas les codes.

On referme l’album avec une sensation de vide, un désespoir face à un avenir bouché pour les pauvres créatures qui se débattent dans une vie étriquée et ne pourront que finir sur le côté de la route à regarder leur vie passer.

Dans la nuit noire, de David Small
408 pages, 24,95€ – Delcourt

Visuels : © 2018 by David Small © 2021 Éditions Delcourt pour la version française

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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