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Avec Florent Chavouet, un voyage entre haïkus et sake

Avec Florent Chavouet, un voyage entre haïkus et sake

12 octobre 2020 | PAR Laetitia Larralde

Après Tokyo sanpo et Manabeshima, Florent Chavouet renoue avec les carnets de voyage japonais dont il a le secret avec son nouvel album Touiller le miso.

Lire un album de Florent Chavouet, c’est embarquer avec lui dans un voyage le nez au vent et les yeux grands ouverts sur les routes du Japon. Armés de ses cartes redessinées mais qu’on imagine plus nous aider à nous perdre dans le dédale des rues japonaises qu’à nous montrer la voie, il nous entraîne cette fois-ci à la découverte des kaku uchi, petits commerces où l’on boit debout du sake qu’on peut espérer accompagné de poulet frit. Tout du moins, c’est ce qu’il envisageait en arrivant à Tokyo, invité par Ino-san qui ne sait pas plus que lui ce qu’ils vont faire.

Le livre regroupe deux voyages, que l’on suppose relativement rapprochés (le temps semble ici totalement inutile), d’abord à Tokyo, ensuite suivant un itinéraire passant par Hokkaido, Nagoya, Kobe, Kyoto ou encore Manabeshima, objet d’un précédent livre. Ces déplacements japonais constituent la trame de l’album sans pour autant en être le sujet. Le sake et les kaku uchi ne le sont pas plus : tout cela n’est que le prétexte à jouer avec le langage en composant des haïkus, et à retrouver le Japon, dont il s’ennuyait.

On retrouve donc sur toutes les pages de droite ses haïkus illustrés. Mais l’auteur s’interroge : est-ce qu’il compose des haïkus ou des senryû ? Peu importe, mots de saison ou pas, les dix-sept syllabes s’arrangent entre elles pour former des réflexions décalées sur des sujets aussi variés que le riz au curry, un masque nô, des feuilles de thé ou les télésièges. Toujours plein d’autodérision, Florent Chavouet remplit les pages de gauche de ses observations, de saynètes du voyage, de plans, de ses fameuses fenêtres nocturnes, de grandes illustrations et bien entendu de quelques explications sur le sake.

Touiller le miso est une nouvelle déclaration de l’attachement profondément ancré pour le Japon de l’auteur. Pour lui le moindre détail est source de curiosité, l’occasion de le sublimer par un dessin. On est loin des grands poncifs que l’on retrouve régulièrement dans les récits d’étrangers au Japon. Le pays n’est pas qu’une succession de temples, geishas et sushis. Ici, le Japon se regarde par le prisme des broutilles du quotidien, dans ces moments où il ne pense pas être observé, où il se montre dans ce qu’il a de plus trivial. Et c’est justement là qu’il en devient attachant, émouvant dans la délicatesse de ses détails et la fragilité de ses recoins abandonnés.

Florent Chavouet nous prouve une fois encore qu’il est un artiste à part. Son talent de dessinateur est indéniable, ses crayons de couleur comme outil de prédilection rare dans la BD et l’illustration, son humour décalé et dénué de jugement font de lui un auteur qu’on a toujours hâte de retrouver et dont chaque livre est un régal. Chaque image de Touiller le miso est un haïku en soi : des petits moments furtifs de poésie quotidienne. A sa façon discrète, Florent Chavouet nous offre sa version personnelle du concept de wabi-sabi, touchant là à l’essence du Japon.

Touiller le miso, de Florent Chavouet
192p, 20€ – Editions Picquier

Visuels : ©Editions Picquier

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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