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BD : L’auteur de Sambre plane au-dessus du Louvre

27 novembre 2009 | PAR Erwan

le_ciel_audessus_du_louvre_vignetteOn l’attendait depuis près d’un an et l’exposition « le petit dessein » qui avait lieu au Louvre, le dernier ouvrage de Bernar Yslaire traite de la révolution française et n’épargne pas les sanguinaires utopistes qui ont fondé la Nation.

L’histoire du « Ciel au-dessus du Louvre » débute le 8 Thermidor de l’An I. Marat est déjà mort et le peintre David présente à Robespierre, une analyse détachée du tableau truffé de symboles qu’il vient de produire pour offrir au peuple l »image de martyr qu’il attendait. Réflexion à froid : Robespierre peut être satisfait : David a tout peint vite et  il n’a  pas trahi  la » vérité. Le peintre neo-classique fait de son art de la communication, de la propagande.

Au milieu du tumulte un jeune androgyne débarque à la recherche de sa mère. Loin des ambitieux qui sous couvert de dévouement veulent marquer la Nation de leur patte, lui n’a que son innocence et un message à délivrer, un message simple qui fait l’actualité du moment. Après sa rencontre avec David, il n’aura de cesse d’obnubiler l’artiste en quête d’idéal et d’authenticité.

yslaire-p271Le Ciel au-dessus du Louvre nous raconte l’ébauche d’une œuvre à la conjonction de plusieurs événements, et la quête d’une vérité. Si dehors les têtes tombent à n’en plus finir au gré des délations, dans les anciens  salons  des aristocrates des hommes  clament leurs idéaux, inspirés de ce qui fut appelé plus tard les Lumières. Ils veulent effacer le passé, renommer, refonder, construire en s’éloignant le plus possible de l’ancien régime, contreints malgré eux de devoir employer des symboles semblables. De fait, en marge des événements, le peintre David se voit confier une mission : représenter l’être suprême, (qui n’est pas Dieu), lui donner un visage, comme Marianneveut celui de la Liberté. Sous la pression de Robespierre et la tension de la révolution, l’homme artiste, apolitique, cherche, dans ses ateliers du Louvre, la représentation sans lui trouver d’expression.

L’intérêt fort de cet ouvrage est de faire un parallèle entre la nation et l’art. Comme un chef d’oeuvre, la nation fut accouchée dans la douleur. Elle s’est cherchée. Elle fut le fruit de nombreuses discussions futiles, stupides, pleines d’idioties et de bavardages. Elle est le résultat d’hésitations, de convictions faussées, d’ambitions, d’intérêts, et c’est tout le rapport du sensitif, de l’émotion, et de la réflexion cumulés qui permet l’aboutissement d’un travail. Sous le prétexte de la Nation, la révolution  a continué de dévaster un pays déjà affaibli. Elle se menait dans la rue, mais se guidait depuis les mêmes salons, spoliés à l’aristocratie, par des  apprentis sorciers, dont Robespierre fait figure de proue. La Nation était malade à la naissance et la Révolution aurait pu enfanter d’un monstre…

la mort de Marat, de David, revisité par Bernar Yslaire
la mort de Marat, de David, revisité par Bernar Yslaire

L’univers d’Yslaire, qui dans Sambre traitait de la révolution suivante, se prête particulièrement bien à l’époque. L’ambiance noir et blanc, relevée par des touches de couleur rouge, définit à merveille le climat de terreur. L’insertion de représentations de tableaux est particulièrement bien mise en scène et rend l’impression de découvrir le Louvre à ses débuts, au moment où il devient enfin le musée qu’il préfigurait d’être, avant la révolution, et qui fut inauguré en 1793. Reste  cette histoire, écrite par Jean Claude Carrière, qui laisse sa place à l’ébauche, la pensée foisonnante, le tâtonnement. Un bel ouvrage.

Le Ciel au-dessus du Louvre

Bernar Yslaire, Jean Claude Carrière

Futuropolis en partenariat avec le Musée du Louvre

66 pages

Erwan Gabory

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