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BD : L’homme qui se laissait pousser la barbe… et autres évasions

BD : L’homme qui se laissait pousser la barbe… et autres évasions

29 décembre 2010 | PAR Sonia Dechamps

C’est être en deçà de la réalité que de dire qu’ Olivier Schrauwen a une imagination folle, « L’homme qui se laissait pousser la barbe » en est bien la preuve.

Impossible à résumer, cette bande dessinée regroupe plusieurs récits dont une partie avait déjà été publiée dans les revues « Mome », « Canicola » ou encore « Strapazin ». Loin des bandes dessinées dites classiques, celle-ci déstabilise dans la quête qui semble être celle de l’auteur d’explorer les fondements de la représentation graphique. Album composite, mélangeant les styles, « L’homme qui se laissait pousser la barbe » peut paraître aride au premier abord, difficile d’accès, mais ce serait vraiment dommage de s’arrêter à cette première impression et d’ainsi se refuser la découverte d’un univers tout à fait singulier, et fascinant à bien des égards.

Avec « L’homme qui se laissait pousser la barbe », le lecteur assiste à la naissance de l’humanité, rate « le plus long train du continent européen ; quand le dernier wagon est à Ostende, la locomotive est à Bruxelles », apprend à reconnaître et nommer différentes coupes de cheveux, part au Congo belge…

Olivier Schrauwen, à travers les différentes histoires qu’il propose au lecteur, s’interroge sur la représentation qui peut être faite de l’imaginaire, sur la capacité de donner aux pensées des traductions graphiques. Dans le récit ayant pour titre « La grotte », c’est bien à un dessinateur qu’il est fait appel lorsque la source de la vie est (re)découverte : « Quelle chance de tomber sur la veine d’où jaillit le sang dont nous sommes tous issus ! Et quel formidable privilège que de pouvoir remettre cette « encre de vie » entre les mains d’un dessinateur au talent exceptionnel ! »

Ainsi, si tous les récits sont très différents – visuellement et dans ce qu’ils racontent (a priori) -, leur assemblage ne forme pas un tout indigeste, mais sait au contraire trouver sa cohérence. Toutes ces histoires semblent interroger sur le lien qui existe entre représentation, réalité et imagination, mais aussi sur la capacité à fuir qu’offre cette même imagination. A chacune de ces aventures dessinées, Olivier Schrauwen offre un graphisme singulier, et par cet exercice de style prouve au lecteur ses talents de pasticheurs.

Déstabilisante, intrigante, mais finalement fascinante, « L’homme qui se laissait pousser la barbe » est assez unique dans le paysage de la bande dessinée. A découvrir.

« L’homme qui se laissait pousser la barbe » d’Olivier Schrauwen chez Actes Sud – L’An 2
Sorti le 3 novembre 2010 – 22 euros

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