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[Interview] Aujourd’hui j’ai rencontré Delphine Batho

[Interview] Aujourd’hui j’ai rencontré Delphine Batho

10 novembre 2014 | PAR Bérénice Clerc

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Delphine Batho, Ministre de l’Ecologie, limogée au temps d’Ayrault pour avoir trop parlé, sort un livre chez Grasset. « Insoumise », titre riche de promesses à tenir. Nous connaissons peu de choses sur elle, son parcours, sa personnalité, ses projets, ses idées. Allons à la rencontre de la députée de la deuxième circonscription des Deux Sèvres et posons-lui nos questions.

L’Assemblée nationale inondée de soleil est à deux pas de son bureau, une entrée officielle, une pièce d’identité, un badge pour avoir accès à ce lieu d’état où la sécurité semble primer, une collaboratrice nous conduit, le sol et l’ascenseur transparents nous hissent jusqu’à la porte du bureau. Une première petite pièce, deux collaboratrices souriantes puis le bureau s’ouvre, à peine plus grand.

Delphine Batho est là, concentrée, l’heure est grave, un jeune homme est mort pour défendre l’écologie sur le barrage de Sivens. Elle parle, radios, télévisions, Delphine Batho ne veut pas garder le silence face à un tel événement humain, écologique, politique et médiatique.

Sur le mur du fond à gauche de la fenêtre un journal encadré, une photo de François Mitterand, un titre, la victoire des gauches. Une couverture avec Obama la main vers le ciel « we have a dream », des dessins d’enfant, une plaque d’immatriculation Batho et des chiffres, l’espace est vivant malgré le bois administratif teinté de terne.

Le cheveu blond, très bouclé, presque crépu, en un chignon assagi, lacé pour le rôle de la tête sérieuse. Les yeux clairs comme le sourire sont francs et semblent sincères. Delphine Batho est là, présente, regarde dans les yeux, écoute, répond. Ancrée dans le réel, passionnée par ses envies, sa simplicité devient partage.

Elle nous raconte, fille de la photographe Claude Batho, elle connaît le féminisme depuis son plus jeune âge. En sixième, fan de Balavoine, elle mobilise déjà les autres pour Action Ecole, en quatrième la mort de Malek Oussekine, les projets de réformes d’Alain Devaquet la poussent à l’action. Jeune pleine d’énergie, elle dirige ensuite un syndicat étudiant, rejoint SOS Racisme puis en 94 le PS.

Des rencontres, un travail politique loin des médias nationaux mais engagée avec les français, puis vient le temps des responsabilités de plus en plus grandes. Députée, les Deux Sèvres seront son fief, parachutée sur place, Ségolène Royal dans les parages, elle la suit. Accueillie par les habitants, les locaux, les travailleurs, les commerçants, les agriculteurs, les passionnés, elle retrouve des paysages différents mais pourtant semblables à son enfance et le calme, le temps du partage, un coup de cœur amical, familial pour la région la pousse à rester.

Delphine Batho a les yeux qui brillent, le sourire enfantin quand elle parle des Deux Sèvres, elle ne veut pas aller ailleurs, la moitié de la semaine à Paris dans son bureau de l’Assemblée et l’autre dans son fief pour parler avec les gens de leurs problèmes au quotidien.

Elle le dit, c’est pour eux qu’elle souhaite des changements, pour eux qu’elle s’exprime, porte la parole politique et c’est aussi pour ne pas les trahir qu’elle refuse de jouer le jeu du gouvernement Ayrault.

Delphine Batho a été porte-parole de François Hollande pour la campagne de 2012, puis Ministre déléguée à la justice et Ministre de l’écologie avant d’être limogée.

Elle n’y croyait pas quand Jean-Marc Ayrault l’appelle pour lui proposer le poste… Pourquoi elle ? Pourquoi ce ministère ? En sera-t-elle capable ? Elle réfléchit, dit oui, se jette dans les dossiers, apprend, écoute, rencontre et découvre la place des lobbies, les pressions, elle ne peut pas se taire, elle parle, elle refuse d’être une machine à signer, elle parle trop, elle doit partir… Jean-Marc Ayrault tente des pressions par SMS mais Delphine Batho ne courbe pas l’échine, elle assume, elle part, digne jusqu’à son discours de passation de pouvoir.

Certains diront qu’elle était naïve de croire en Holande, de penser pouvoir changer les choses en entrant au gouvernement, d’autres diront qu’elle crache dans la soupe mais elle a tout de même changé certaines choses à son poste de ministre. Elle a par exemple empêché la fraction hydraulique comme pour le barrage tristement célèbre de Sivens qu’elle n’avait pas autorisé et qui fut voté par ses successeurs…

Dans son livre « Insoumise » elle raconte le ministère, le pouvoir, sa déception, la place des femmes, ses refus de signer, de coopérer, ses combats, sa place de « méga-enquiquineuse » l’écologie, l’impact des lobbies, la force de l’argent… Elle propose également des possibles, le partage du pouvoir avec le peuple, la possibilité de garder les pieds sur terre, les multiples changements réalisables par l’État et par les français au quotidien sans les priver ou les culpabiliser…

« Insoumise » est un livre politique facile à lire, plein d’anecdotes, une vision réaliste et féroce sur le pouvoir en place, sa politique énergétique cédée aux intérêts de certains privés.
Delphine Batho ne fait pas de promesses, elle ne donne pas de recettes ou de clefs avec la carte d’un parti idéal à qui veut la suivre, elle écrit ce qu’elle pense, vit et souhaite partager ses idées avec le plus grand nombre. Elle est jeune, c’est une femme, elle peut changer des choses, elle a envie de changer le monde, elle le dit naïvement avec le sourire mais aussi la fermeté des femmes de pouvoir que rien n’impressionne si ce n’est peut-être la possibilité de l’échec.

L’ancienne garde devra, d’une façon ou d’une autre, lâcher le pouvoir tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, la cinquième république vieillissante, ringarde n’a plus de sens, la jeunesse doit se réveiller et inventer une autre façon de faire de la politique

Delphine Batho ne veut pas être seule, elle a envie de fédérer, les grands rassemblements la tentent. Qui à gauche pourrait la suivre ? Même la jeune garde et les « dissidents » semblent peu enclins à soutenir une femme autoproclamée insoumise et ne lâchera rien avec autorité, force personnelle et sans doute l’envie de marquer l’histoire des hommes et des femmes français.

Delphine Batho semble sincère, elle connait le terrain, le cœur du pouvoir, ses idées positives de la politique de gauche ont des apparences plaisantes, l’économie circulaire est très attirante… Les lobbies et les banques vont la haïrent, si ce n’est déjà le cas ! Laissons-lui le temps de confirmer ses projets, de construire et qui sait peut-être, si elle  dit vrai, inventer ou faire croire à des lendemains qui chantent.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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