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Le Musée d’ethnographie de Genève rouvre grand ses portes sur « les archives de la diversité humaine »

Le Musée d’ethnographie de Genève rouvre grand ses portes sur « les archives de la diversité humaine »

10 novembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Après 4 ans de travaux pour achever la construction du nouveau bâtiment réalisé par le bureau Graber Pulver associé aux ingénieurs civils Weber+ Brönnimann, le MEG (Musée d’ethnographie de Genève) a rouvert ses portes au public le 31 octobre dernier, avec un week-end de fête avec des ateliers de maquillage, des performances et de la musique écho du monde (Fafapunk, Omar Souleyman, Gypsy Sound System, Commandos percu..) Les portes du nouveau musée sont désormais ouvertes et c’est au sous-sol que cela se passe, avec une présentation de collections d’objets collectés depuis le 18ème siècle et venus des 5 continents (représentant plus de 1500 cultures) titrée « les archives de la diversité humaine » et une exposition temporaire de toute beauté sur les Mochica du Pérou (1ier-8ème siècle). Toute la Culture a eu la chance de voir ce nouveau musée aux collections élégantes, surprenantes et foisonnantes …

L’architecture du musée : un piano harmonieux qui se déplie et se déploie pour guider ses publics
Installé dans le quartier des bains, où l’ancien MEG était déjà et où l’on trouve les plus grandes galeries de Genève, ainsi que près du MAMCO (musée d’art contemporain), le grand bâtiment blanc du MEG monte en crête vers les cieux helvètes. L’entrée donne envie de s’attarder à la cafétéria, tandis que l’étage supérieur est habité par la grande bibliothèque Marie Madeleine Lancoux, sorte de perchoir de savoirs dans le grenier du bâtiment, où 45000 monographies sont à consulter, et où l’on trouve également une salle isolée du bruit, une petite salle de projection cosy et un espace dédié à la musique où l’on peut écouter les sons du monde et notamment les CDs produits et distribués par le musée.

Les collections : élégantes et surprenantes archives de la diversité humaine
C’est donc au sous-sol, que les collections s’exposent dans un espace majestueux de 2020 m², avec une hauteur de salle qui peut atteindre 10 m. On entre dans cette exposition par une freque mettant en avant les 2000 noms des donateurs du musée et une partie historique, parlant des collections du musée, qui sont le fruit de recherches ethnographiques de missionnaires, de voyageurs suisses et de membres de la Croix Rouge. Si la Suisse n’a jamais eu de colonies, ses émissaires, ont été présents dans le monde entier et en ont ramené de précieux objets du quotidien. A la création du MEG, en 1901, les collections se trouvent déjà riches des objets collectés par le musée des missions (qui existait depuis 1976) et son énergique fondateur, l’anthropologue Eugène Pittard n’a eu de cesse pendant plus de 50 ans d’enrichir une somme qui arrive aujourd’hui à 80000 objets. Entre cette partie historique et la présentation d’environ 1200 objets sélectionnés parmi les richesses du musée, l’on passe devant une grande oeuvre d’art vidéo signée Ange Leccia et qui fait bien le lien entre toutes ces civilisations: Mer. A tout moment l’on peu aussi aller se reposer ou méditer dans un espace dédié à l’ethnomusicologie et écouter dans cette chambre sonore des mélodies arrangées par le compositeur et designer sonore Julien Perez.

Selon une scénographie signée par l’atelier Bruckner, les collections elle-mêmes se déploient en 5 grandes tranchées de vitrines qui exposent des objets des 5 continents. Dans ces 5 lignes qui semblent s’ouvrir comme des compactus de bibliothèque pour donner à voir les trésors qu’ils portent, tous les aspects de la vie humaine y sont présents : de la religion à la manière de s’habiller en passant par les moyens de fabriquer le beurre, les armes, les arts et les lettres, s’il y en a. L’idée est de faire évoluer au fur et à mesure les pièces qui sont présentées en fonction des envies et des points de vues des commissaires de chaque région du monde. Parmi les morceaux de bravoure du musée l’on retrouve des armures japonaises des 15ème et 18ème siècle, des seaux cérémoniels en bois, os et ivoire venus d’Alaska, une figure nopila du 7ème siècle venue du Mexique, la célèbre cape en plumes du 19ème siècle venue de Hawai et un ornement de proue de pirogue polynésien… Parmi cette somptueuse diversité qui est fort heureusement commentée expliquée et fléchée, on s’étonne (par manque d’habitude) de voir l’Europe figurer parmi les cultures « éthnographiée » à part égale avec les autres continents : cloches suisses, vierges médiévales et ustensiles venus des Balkans sont justement mis en parallèle avec les têtes réduites d’Amérique et les masques du Gabon.

L’exposition inaugurale : Les rois Mochica.
Du 1er novembre au 3 mai, le MEG célèbre son ouverture avec une exposition dédiée à la civilisation Mochica, selon une scénographie somptueuse (jeux de hauteur, murs en carreaux dorés, temple reconstitué) signée mcbd architectes. Civilisation précolombienne voisine de Tehotihuacan, les Mochicas ont développé du 1er au 8ème siècle un Etat, sans avoir de système d’écriture. cette civilisation péruvienne fascinante pratiquait le sacrifice humain, ce qui figure largement dans les objets rituels qui nous sont parvenus. Les objets Mochicas exposés par le MEG sont un prêt du Pérou, et proviennent d’une tombe découverte en 2008 dans le village d’Ucupe : pour des objets qui ont 1500 ans ils sont incroyablement conservés !

Le MEG ou « L’espace des possibles »
Pour le directeur passionné du MEG, Boris Wastiau, le projet du nouveau MEG est d’ouvrir « l’espace des possibles« . « Tout cela reste un artifice, on ne fait pas le tour du monde en 80 jours« , explique-t-il. En cohérence avec la diversité culturelle d’une ville où réside l’ONU, où même Calvin venait d’ailleurs (de France) et où 40 % de la population des résidents ne sont pas suisses, le musée d’ethnographie se veut à la fois reflet et meilleure compréhension des cultures d’un monde vaste aux cultures et aux coutumes incommensurables. Deuxième aspect important : le MEG se veut inclusif et un grand travail est fait pour faire venir les populations qui seraient susceptibles de se couper naturellement de la vie d’un musée comme le MEG : l’équipe du musée travaille activement à faire venir des personnes à mobilité ou audition réduite ou des sans-papiers dans ce musée susceptibles de leur parler d’eux, d’où qu’ils viennent. Des ateliers sont ouverts au public, les objets des collections sont accessibles et consultables sur le site du musée et éclectique responsable du public et des programmes, Mauricio Estrada Muñoz a pensé une programmation aux influences et visages divers qui va des anniversaires organisés au sein du musée aux conférences sur l’impact des drogues sur les chamans. Tout ceci est expliqué très clairement dans le magazine du musée, Totem, qui est une mine d’informations, ouverte à tous en ligne.

Pointu et clair, ouvert à tous, il n’est pas étonnant que le MEG ait séduit, votation après votation, l’ensemble des genevois qui lui a accordé les crédits dont le musée avait besoin, et même la permission d’abattre 30 arbres, pour que ce projet de découverte de toutes nos civilisations puisse accueillir un public divers et nombreux. Le week-end d’ouverture a été un vrai succès de fréquentation et le premier mercredi où nous visitions le MEG, enfants et parents y circulaient déjà en terrain familier…

visuels : yael hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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