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Alger sans Mozart : Cinéma, nostalgie et regrets d’Algérie

09 avril 2012 | PAR Yaël Hirsch

Après le « Syndrome de Lazare » (2006, éditions du Rocher) et « La douleur du fantôme » (2010, éditions Phébus), le duo Michel Canesi (qui avait suggéré à Téchiné le scenario des Témoins) et Jamil Rahmani proposent un grand roman mesurant le poids de la guerre d’Algérie sur deux à trois générations.Ce texte imagé qui mêle littérature, nostalgie et cinéma, est édité par… une maison de disques : naïve.

Algérie, années 1960. Deux sœurs, Christine et Louise, font des choix opposés : Christine a épousé un jeune un colon de son milieu dont elle a eu deux fils (l’aîné est mort jeune) et a décidé de quitter l’Algérie au moment de la guerre pour vivre à Paris. Amoureuse d’un activiste du FLN, Kader, Louise a transporté avec lui médicaments et soins pour les indépendantistes, renoncé à sa nationalité française pour devenir pleinement algérienne. Quarante ans après, Christine est veuve, remariée à un américain, mère d’un réalisateur de cinéma à succès et entièrement liftée. Il reste trois dents à Louise, alcoolique et obèse, séparée de son Kader après des années de mariage sans enfant, et toujours perçue comme française par une société algérienne de plus en plus religieuse. Heureusement, Louise a un fils adoptif, le tout jeune Sofiane, qui la maintient en vie. Un détour par un plateau télévisé où il est attaqué une fois de plus pour son homosexualité pousse le fils cinéaste de Christine à retourner sur les traces de sa famille en Algérie et à revoir sa tante Louise après dix années de séparation. Ils ‘éprend immédiatement de Sofiane et décide de tourner un film sur la vie de sa tante, qu’il a toujours autant aimée que crainte.

Empli de souvenirs de l’Algérie Française, nourri d’images (et d’odeurs) d’Épinal et jouant dans son titre même la note aigüe de la nostalgie, « Alger sans Mozart » donne néanmoins la parole à l’Algérie indépendante à travers le très beau personnage de Sofiane. Le jeune homme un peu trop mature pour son âge  se positionne à l’écoute des mémoires ancestrales et parvient, malgré tous les dogmes, à fixer ses propres repères sans intolérance. En contre-point, le personnage du réalisateur à succès et narcissique fait presque pâle figure… Porté par les souvenirs de la tante Louise, détruite par la vie et l’Algérie, « Alger sans Mozart » est un beau roman, brut, qui se lit d’une traite.

Alger sans Mozart de Michel Canesi et Jamil Rahmani, Naïve, 460p, 18 euros. Sortie le 4 avril 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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